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Reportage : Martinique, l'étendard de la France en Gold Cup

Kristen Collie
Stéphane Abaul (à droite) et les Martiniquais rêvent d'un beau parcours.
Stéphane Abaul (à droite) et les Martiniquais rêvent d'un beau parcours. / Matthew Stockman/Getty Images
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Éliminée de l'Euro, après un cruel épilogue face à la Suisse, la France tient avec la Martinique un autre représentant engagé dans une compétition continentale cet été. À l'orée de leur entrée en Gold Cup, dans la nuit de ce dimanche à lundi (00h30) face au Canada, la région d'outre-mer rêve de créer la sensation, comme nous le souligne Stéphane Abaul, un des leaders de cette sélection.


Faible pluie sur le tarmac de Kansas City. Dans quelques heures, la ville de l'État du Missouri accueille son premier match de Gold Cup au sein de son modeste Children's Mercy Park, pouvant accueillir près de 19.000 spectateurs.

Une rencontre logiquement éclipsée par la finale de l'Euro 2020, mais qui sera suivi de près par tout le peuple martiniquais. Opposée au Canada, la région d'outre-mer croit fermement en ses chances.

Martinique v Mexico: Group A - 2019 CONCACAF Gold Cup
La sélection de Martinique lors de la Gold Cup 2019. / Matthew Ashton - AMA/Getty Images

Abaul : "La Gold Cup, c’est notre coupe du Monde"

Vice-capitaine et un des leaders naturels de cette sélection, Stéphane Abaul nourrit de légitimes ambitions avant de s'atteler au redoutable groupe B, composé du Canada, des États-Unis et d'Haïti.

"On est très motivé et on croit en nous, souligne le milieu offensif, d'un ton respirant la sérénité. C’est un groupe expérimenté, pour certains comme moi c’est notre quatrième Gold Cup."

"Je pense qu’on peut bluffer le monde du football cet été. "

Stéphane Abaul

"Pour nous la Gold Cup, c’est notre coupe du Monde !", assure-t-il. En effet, en tant que territoire français ultramarin, la Martinique ne peut participer au Mondial et mise naturellement sur la Gold Cup pour prendre la lumière.

"On adore jouer cette compétition pour démontrer qu’en Martinique on a des joueurs exceptionnels", tient à préciser le joueur du Club Franciscain, faisant notamment référence à Emmanuel Rivière, ancien de l'AS Saint-Etienne, l'AS Monaco ou encore de Newcastle et évoluant aujourd'hui du côté de Crotone (Serie B).

"C'est celui qui m’impressionne le plus, révèle-t-il. Il a joué en Premier League et apporte énormément au groupe par son expérience."

Composée majoritairement de joueurs amateurs, la Martinique peut, en parallèle, compter sur l'arrière droit de Nîmes Patrick Burner, appelé pour la première fois avec les Matinino, ou encore Kevin Fortuné, l'avant-centre de l'AJ Auxerre.

Lille OSC v Nimes Olympique - Ligue 1 Uber Eats
L'arrière droit de Nîmes Patrick Burner. / Sylvain Lefevre/Getty Images

Le Canada et les États-Unis en ligne de mire

Malgré un effectif de qualité, la Martinique arbore naturellement un statut d'outsider au sein d'un groupe B relevé. Pour passer les poules, objectif assumé de Stéphane Abaul, il faudra impérativement faire un résultat, ce dimanche, face au Canada.

"Sans être prétentieux, je ne redoute personne. On veut gagner ce match. "

Stéphane Abaul

"Ce sera un match difficile face à une équipe redoutable, qui joue les qualifications pour la Coupe du monde et avec des joueurs qui réalisent une belle carrière, nous confie-t-il. On l’aborde comme tous les autres matchs, sans appréhension, juste l’envie de rendre fière la Martinique." 

Sans leurs deux stars Jonathan David et Alphonso Davies, forfaits, l'exploit est amplement réalisable. Pour cela, il faudra retenir les enseignements du passé, et cette défaite 4-0 face à ces-mêmes Canadiens, lors de la précédente édition en 2019.

"Ce score ne reflète pas la rencontre. En première mi-temps on a eu des occasions mais le Canada a été plus réaliste avec des joueurs de talent comme Jonathan David (auteur d’un doublé, NDLR). Ça reste une bonne l’expérience, on doit apprendre de nos erreurs et imposer notre jeu pour gagner ce match", raisonne-t-il.

Jonathan David
Jopnathan David, auteur d'un doublé en 2019 face à la Martinique sera absent de cette Gold Cup. / Shaun Clark/Getty Images

Après cette rencontre, les Matinino affronteront, dans la nuit de jeudi à vendredi, le favori de cette Gold Cup : les États-Unis. Bien qu'exsangue de certains talents, tels que Christian Pulisic, les Martiniquais feront face à une belle sélection, composée majoritairement de joueurs de MLS.

"Ce sont des joueurs qu'on voit à la télé, ça fait rêver. C'est une fierté de les affronter. "

Stéphane Abaul

"Affronter les États-Unis m’inspire beaucoup de choses. D’abord de l’excitation et de la joie car en tant qu’amateur on a rarement l’opportunité de jouer des matchs de ce niveau face à de tels joueurs", s'enthousiasme Abaul, loin de son quotidien de joueur de Régional 1, plus haut échelon de l'île.

Des souvenirs impérissables

Car la Gold Cup, pour tout joueur martiniquais, est un court moment de gloire.

"C’est ma quatrième Gold Cup avec la Martinique après 2013, 2017 et 2019. Mon meilleur souvenir est mon but il y a deux ans contre Cuba où on gagne 4-0, alors qu'on devait les battre 3-0 pour espérer se qualifier", se remémore, toujours ému, le joueur aux 9 buts en 57 sélections.

Dans les pensées de tout le peuple martiniquais également, la défaite 3-2 face au Mexique lors de cette même édition 2019, où les partenaires d'Abaul ont fait rêver toute l'île.

"On les a fait douter. C’est dommage, on a perdu en concentration sur la fin de match, regrette-t-il cependant. Mais c’est un match référence. On a montré qu'on pouvait se mettre au niveau de ces nations".

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Les Martiniquais félicitent Stéphane Abaul après son but face à Cuba. / ROBYN BECK/Getty Images

Des exploits passés, qui permettent de nourrir de légitimes ambitions à l'orée de cette Gold Cup. "Nous on n’a jamais de doutes, dans ce sport on peut s’attendre à tout et avec ce groupe on peut s’attendre à de belles choses".

Lumière sur le football martiniquais

Cette Gold Cup est aussi l'occasion de mettre la lumière sur le football martiniquais, éternellement dans l'ombre de la Métropole.

Et Stéphane Abaul agit comme l'un de ses principaux ambassadeurs, en témoigne le formidable parcours de son équipe, le Club Franciscain, jusqu'en 16es de finale de Coupe de France.

"C'est la preuve que le football martiniquais ne cesse de progresser et mérite d’être plus amplement suivi. On doit s'inspirer de ce parcours, relate Abaul.

Même si on n’a pas le même niveau d’infrastructures et d’encadrement, la Martinique dispose d’un football de haut standing. À mon avis, on est arrivé au niveau d'une sélection comme la Jamaïque", estime-t-il.

Stéphane Abaul, l'ambassadeur

Titulaire indiscutable et vice-capitaine de cette sélection, le milieu offensif de 29 ans est de ces joueurs dont la carrière ne reflète absolument pas leur talent.

"Stéphane, c’est un joueur pétri de qualité et avec un grand cœur. Techniquement il est propre, avec un gros volume de jeu. Il est au-dessus, c’est vraiment le métronome de l'équipe", nous confiait son entraîneur au Club Franciscain, Patrick Cavelan.

"Il fait partie de ces joueurs qui auraient pu faire une belle carrière pro en France. "

Patrick Cavelan

"Lorsque j'avais 19 ans, des recruteurs de Métropole sont venus aux renseignements et m'ont supervisé lors de mes participations à la Gold Cup, témoigne celui qui a fait toute sa carrière sur l'île. Mais ça n'a jamais abouti et cela fait 23 ans que je suis au Club Franciscain."

Un digne ambassadeur, fidèle à la Martinique, et à suivre de près pendant cette Gold Cup.

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