Interview - Nicolas Burdisso : "Je veux voir Messi aller défier Cristiano Ronaldo en Italie"

Jean Dubas
Feb 3, 2021, 8:48 PM GMT+1
L'international argentin Nicolas Burdisso s'est confié à 90min
L'international argentin Nicolas Burdisso s'est confié à 90min / Chris McGrath/Getty Images
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International argentin à la retraite, Nicolas Burdisso fait partie de ces grands noms qui ont écrit les plus belles pages de l'Albiceleste au 21e siècle. L'ancien défenseur de l'Inter Milan s'est confié à 90min Espagne. Il évoque avec nous la situation de Messi à Barcelone ou encore son Mondial 2010 sous les ordres du regretté Diego Maradona.

Si le nom de Nicolas Burdisso ne vous dit rien, c'est sans doute que vous êtes nés trop tard, ou que vous n'aviez pas le câble pour les matches italiens. Le défenseur argentin, révélé à Boca Juniors où il a évolué à tous les postes de la défense sous les ordres de Carlos Bianchi, a fait partie intégrante d'un Inter qui renversait tout sur son passage à la fin des années 2000.

Burdisso a notamment remporté 4 scudetti de 2006 à 2009 ainsi que deux coupes d'Italie avant de partir (un an trop tôt, puisque les Nerazzurri ont emporté la C1 l'année suivante) à l'AS Rome. Le défenseur international argentin restera également comme l'une des figures de l'Albiceleste avec 49 sélections et une médaille de champion olympique en 2004.

Taulier en son pays où il a remporté 3 Copa Libertadores avec Boca entre 2000 et 2003, Burdisso pourra surtout se targuer, à jamais, d'avoir disputé un Mondial (2010) aux côtés d'un Lionel Messi quasiment au sommet de son art et sous les ordres de la légende défunte, Diego Maradona.

Avec nous, le défenseur connu et reconnu en son pays revient sur cette époque, se remémore El Pibe de Oro et analyse la situation de Messi au FC Barcelone.

Qu'est ce que cela fait de vivre une Coupe du Monde en Afrique du Sud avec Maradona comme entraîneur et Messi comme coéquipier ?

C'était magnifique, dans tous les sens du terme, tant sur le plan personnel que collectif. C'était un parfait équilibre entre joueurs expérimentés et jeunes joueurs avec de l'imagination et de la créativité. Nous avions Veron, un joueur très important pour nous, Diego sur le banc et Lionel en fer de lance.

Avant la Coupe du monde, Diego avait compris comment nous manager mais nous sommes finalement tombés sur meilleur que nous (l'Argentine s'est inclinée 4-0 contre l'Allemagne en quarts de finale), ainsi qu'une journée où rien ne fonctionnait pour nous et où nous avons fini par risquer plus que nous aurions dû. Vivre ce tournoi avec Diego et Leo pour le monde entier était quelque chose d'incroyable et c'était pour nous une satisfaction et une fierté permanente. J'en garderai à vie les meilleurs souvenirs.

Tu connais Messi de par ton passage en sélection, comment analyses-tu sa situation actuelle à Barcelone ?

Je trouve cela très injuste, même surréaliste, surtout pour une personne qui génère de bonnes ondes, ce n'est pas une personne à polémiques. Je pense que les affirmations et les déclarations qu'il a faites visent à tirer le club vers le haut. Les génies du football mondial veulent toujours gagner, et s'entourer des meilleurs pour rester les meilleurs.

J'espère que Lionel continuera à s'amuser comme je l'ai toujours vu faire en équipe nationale. Je le vois poursuivre à Barcelone et si ce n'est pas le cas, sur le plan personnel, j'aimerais le voir en Italie pour aller défier de nouveau Cristiano Ronaldo car c'est une rivalité unique dans le monde du football.

Il pourrait jouer pour l'Inter, la Roma, Naples ou encore Milan et poursuivre son combat avec Ronaldo pour devenir le meilleur footballeur du monde. Il n'y aura plus jamais de rivalité comme la leur. Même si Messi est au-dessus de Cristiano, nous nous souviendrons toujours de l'existence de ce duel jusqu'à la fin de nos jours.

Burdisso et Messi face aux Etats-Unis lors d'une rencontre internationale
Burdisso et Messi face aux Etats-Unis lors d'une rencontre internationale / DON EMMERT/Getty Images

Penses-tu que le football italien soit en plein déclin ?

Je ne pense pas. La meilleure chose qui puisse arriver à un pays en termes de football est arrivée au football italien, mais au pire moment. À l'époque où l'Italie a pensé à se renouveler, l'Espagne, l'Allemagne, l'Angleterre, le Portugal et la France étaient déjà en train de le faire, elle a remporté la Coupe du monde en 2006.

Les Italiens ont donc continué de faire ce qu'ils faisaient depuis 20, 30 ans, ce qui a fini par leur porter préjudice en termes de résultats ensuite jusqu'à la Coupe du monde 2018, où ils ne se sont pas qualifiés.

Dans le même temps, on observe une détérioration de la situation économique entre 2013-14 et 2016-17. Aujourd'hui, je les vois rivaliser avec le championnat anglais en termes de contenu. La mentalité a changé en Italie. On est passé d'un jeu pragmatique à un jeu dynamique. Toutes les équipes jusqu'à la fin du championnat vont se battre pour quelque chose.

L'arrivée de Cristiano et la croissance des deux équipes de Milan ont également contribué à un renouveau en Série A qui, en termes de noms, passe après la Premier League, mais en termes de contenu est le meilleur football du monde.

Duquel de ces deux clubs gardes-tu les meilleurs souvenirs ? L'Inter ou la Roma ?

J'ai joué 5 ans et quasiment le même nombre de matchs dans les deux clubs, mais ce sont deux expériences différentes. A l'Inter, je jouais arrière gauche, arrière droit, défenseur central et même milieu de terrain. C'était une compétition quotidienne pour se faire une place de titulaire dans un vestiaire avec une concurrence féroce où j'ai appris ce qu'est l'élite du football mondial.

En venant de Boca, j'ai dû m'habituer à cette réalité. Aujourd'hui, je vois peu de footballeurs argentins avec la capacité de s'imposer dans l'une des plus grandes équipes d'Italie, d'Espagne, d'Angleterre, d'Allemagne. Le dernier à l'avoir fait est Lautaro Martinez et il lui a fallu un an de transition pour s'acclimater.

Quand je suis arrivé à Rome, à 28 ans, je voulais m'imposer comme un cadre et je savais que c'était le meilleur endroit pour cela. Ils m'ont appelé pour ce que j'avais à leur apporter en tant que joueur et en tant que personne. J'ai vécu cinq années magiques, malgré quelques complications, comme lorsque je me suis cassé le genou en jouant pour l'équipe nationale.

Comment expliques-tu cette défaite contre la Sampdoria lors de la saison 2009/2010 qui vous a empêché de remporter le titre avec la Roma ?

Le football, tout simplement. Nous étions en tête du classement à trois matches de la fin, en course avec une équipe de l'Inter qui a finalement réalisé le triplé. Nous étions la seule équipe à les concurrencer au niveau national. La seule chose que l'on puisse faire c'est de se lamenter, car ce scudetto aurait été mythique dans une ville comme Rome.

Quel relation entretenais-tu avec Francesco Totti ?

Francesco est une personne plus simple que vous ne l'imaginez, il est l'un de ces mythes emblématiques du football mondial, une personne amoureuse de son club et qui le défend jusqu'à la mort. En tant que coéquipier, c'est un joueur extraordinaire. Je le considère toujours comme le joueur le plus intelligent avec lequel j'ai jamais joué, il avait tout le temps un temps d'avance. C'est pourquoi, quand on me demande, les deux joueurs les plus intelligents, je réponds toujours : "Totti et Riquelme."

Burdisso et Totti avec la Roma
Burdisso et Totti avec la Roma / FILIPPO MONTEFORTE/Getty Images

Tu aimerais revenir à la Roma comme dirigeant ?

J'aimerais bien. Je sais que c'est une question de temps même je ne vois pas cela comme une obligation ou une nécessité. Je sais que je vais finir par travailler dans le football italien, parce que j'ai de la crédibilité au niveau mondial et surtout dans ce pays. Je suis convaincu qu'il y a des choses qui ont besoin d'être renouvelées et j'aimerais pouvoir changer cela.

Quel était le joueur le plus fort que tu as affronté ?

Deux me viennent toujours à l'esprit : Andriy Shevchenko et Ruud van Nistelrooy. Sinon, dans le football moderne, je trouve Gonzalo Higuain très intéressant et j'encourage tous les 9 à apprendre de ses déplacements sur le terrain. Tout ce qu'il fait, il le fait bien.

Quels coéquipiers t'ont le plus surpris au cours de ta carrière ?

J'ai eu la chance de jouer avec de grands joueurs comme Ibrahimovic, Messi, Tevez, Palermo, Riquelme, Figo, Vieira, Recoba, Totti, De Rossi, ou encore à la fin de ma carrière avec Lamela et Perotti.

L'un de ceux avec qui j'ai joué n'a pas eu la carrière qu'il aurait du avoir, c'était Adriano. J'ai joué avec lui à l'Inter, mais aussi contre lui avec les équipes de jeunes, lors des qualifications contre le Brésil. Il avait un potentiel incroyable, mais il n'a jamais pu l'exploiter en raison de problèmes personnels. C'était vraiment un joueur à craindre.

Il aurait pu être le Ronaldo (R9) gaucher ?

C'est certain.

Tu t'attendais à voir Ibrahimovic maintenir un tel niveau jusqu'à bientôt 40 ans ?

Absolument. D'abord parce qu'il a un physique privilégié, mais aussi parce que l'âge génétique des joueurs a changé. Un joueur qui devient professionnel à 18 ans, comme Ibra, arrive à 40 ans avec un âge physique de 32, 33, ou 35 ans tout au plus, parce qu'il a pris soin de lui pendant 20 ans. Pendant les trois, quatre années où j'ai joué avec Ibra, j'ai pu constater qu'il était un joueur d'un autre niveau et avec un mental unique.

Burdisso célèbre avec Ibrahimovic un but contre l'AC Milan
Burdisso célèbre avec Ibrahimovic un but contre l'AC Milan / New Press/Getty Images

Si Cristiano Ronaldo et Messi n'avaient pas existé, aurait-il pu devenir le meilleur joueur du monde ?

Il se serait battu pour la 1ère place avec d'autres, j'en suis convaincu. Ma génération a vu passer de grands joueurs comme Kaka, Lampard, Gerrard, Iniesta, Xavi, Sergio Ramos. Un peu avant, il y avait Maldini et Del Piero. Tous ces joueurs sont merveilleux et extrêmement talentueux, mais ils ne sont pas surhumains comme Messi et Cristiano.

Quel serait ton 11 idéal ?

Willy Caballero - Zanetti, Burdisso, Samuel, Maxwell - De Rossi, Cambiasso - Tévez, Messi, Riquelme - Totti.

Quel est l'attaquant qui t'a donné le plus de fil à retordre ?

Miroslav Klose, il était intenable. Il sortait quasiment tout le temps vainqueur de nos duels.

Le défenseur qui t'a le plus impressionné ?

Paolo Maldini.

Quelle est ta vision du football ? Comment l'imagines-tu idéalement d'ici 20 ans ?

Le football est un instrument, et tout le monde l'utilise de manière à se sentir bien. Nous ne pouvons pas l'empêcher de parcourir le monde. Il doit construire des sociétés et prendre une place importante dans l'éducation.

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