Ce qu'il a manqué à l'équipe de France pour surpasser l'Allemagne en demi-finales de l'Euro 2022

A l'image de Delphine Cascarino, les joueuses de couloir, ont eu bien du mal à se défaire de l'étau allemand, mercredi.
A l'image de Delphine Cascarino, les joueuses de couloir, ont eu bien du mal à se défaire de l'étau allemand, mercredi. / Anadolu Agency/GettyImages
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Généreuses, mais bousculées physiquement et tactiquement, les Bleues se sont logiquement inclinées (2-1) face à une solide équipe d'Allemagne, mercredi soir, en demi-finale de l'Euro féminin 2022.

On ne pourra pas leur reprocher leur vaillance. Les Bleues ont craché leur poumon, elles avaient siphonné jusqu'à la dernière goutte de carburant quand elles se sont écroulées une à une sur la pelouse de Milton Keynes, aussi épuisées que déçues, les yeux parfois embués de larmes, au coup de sifflet final d'un match qui envoyait l'Allemagne rejoindre l'Angleterre à Wembley. Une défaite qui signait la fin de leur rêve de titre dans cet Euro 2022.

"L'Allemagne a été à la hauteur de son rang, une belle équipe, puissante, athlétique, efficace.  A l'instant T, c'est la déception qui prime, on ne peut pas se satisfaire du résultat, on ne peut pas se satisfaire de perdre."

Corinne Diacre, sélectionneuse

Si le braquage a par moment semblé à portée de main (encore plus après la réussite de Kadidiatou Diani dont le tir s'écrasait sur le poteau avant de rebondir dans le dos de Merle Frohms et de filer dans le but allemand), il a manqué trop de choses à cette équipe de France pour espérer renverser l'Allemagne d'Alexandra Popp, auteure d'un doublé et co-meilleure buteuse de la compétition avec Beth Mead (6 buts). A la fin c'est encore la Mannschaft qui gagne. Jamais l'équipe de France ne l'a battue dans une grande compétition.

Un manque de fraîcheur physique

Parmi les éléments explicatifs, la fraîcheur physique est un incontournable. Une analyse partagée par Elise Bussaglia, dans un entretien pour L'Equipe donné mercredi à la fin de la rencontre. Rappelons que les alertes musculaires, la gestion des corps ont été au coeur de l'aventure tricolore avant même que ne débute l'Euro. La préparation physique des Bleues avait laissé des traces (alertes et forfaits de Renard, Karchaoui), les coups de mou autour de la 50e minute, qui empêchaient les Bleues de maîtriser une rencontre et de proposer une copie constante sur 90 minutes, ont ensuite rythmé les phases de groupe.

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Le match face à l'Allemagne n'a pas fait exception. Une prolongation en plus et 48h de récup en moins, c'est ainsi que s'est présentée l'équipe de France pour aborder sa demi-finale.

"On a vu certaines joueuses françaises un peu en-dessous de leur niveau habituel. On n'a rien lâché malgré tout. Si on avait eu 48 heures en plus, on ne sait pas ce qu'aurait été le match ce soir. Il ne faut pas enlever la prestation de cette équipe d'Allemagne qui a été à la hauteur de son rang."

Elise Bussaglia, ancienne internationale

Les Allemandes ont ajouté à la fatigue accumulée impact physique dans les duels et leur pressing qui ont fini d'essorer les Bleues. La fatigue globale, explique en partie une Kadidiatou Diani que l'on aura vu pointer le bout du nez en début et fin de première période, une Cascarino dont le feu s'est rapidement éteint malgré plusieurs rushs dans la première demi-heure, ou encore les contre-performances d'une Toletti, mangée au milieu et d'un duo de latérales Périsset-Karchaoui que l'on n'a jamais vu autant bouillies et en souffrance, tant dans l'aspect offensif que défensif.

Un manque de réussite récurrent face au but

Un état de fraîcheur que les Bleues se sont forcément traînées comme un poids quand il a fallu faire preuve de justesse dans l'avant ou le dernier geste.

"Elles ont été plus fortes, plus tueuses."

Grace Geyoro, milieue des Bleues

Face aux Pays-Bas, elles n'avaient cadré que 13 tirs sur une trentaine, pour un seul but. Les perfs de Van Domselaar dans les buts et de Van Der Gragt avec deux ballons sauvés sur la ligne n'avaient pas aidé certes, ils sont néanmoins symptomatiques d'une équipe de France qui frappe beaucoup plus que les autres (107 tirs au total sur l'Euro, devant l'Angleterre 95 et l'Allemagne 93), mais avec bien moins d'efficacité que d'autres favorites. Et un problème décidément récurrent pour l'équipe de France depuis des années.

"Les joueuses se sont bien battues, on a tout donné ce soir, ça n'a pas payé, notamment sur la deuxième mi-temps, où on s'est créé beaucoup d'occasions. L'efficacité nous a encore fui ce soir", regrettait d'ailleurs la sélectionneuse.

Contrées tactiquement

Le pressing étouffant, sur lequel se sont appuyées les Allemandes toute la compétition, est venu enfermer dans un étau, grâce à deux, souvent trois joueuses : les porteuses du ballon. Se faisant, les joueuses de Voss-Tecklenburg, ont réussi à limiter les espaces et les possibilités de percussion des Cascarino, Diani, Karchaoui ou encore Bacha.

"L’Allemagne a réussi à contrecarrer les plans français, elle a très bien défendu en laissant peu d'espaces à nos joueuses de couloir qui étaient très en vue depuis le début du tournoi."

Elise Bussaglia, ancienne internationale

Elles se sont également appliquées à couper les lignes de passes vers un milieu ou seule Grace Geyoro est parvenue à se faire une place en jouant plus d'une fois des épaules de manière rugueuse, mais dans les règles.

Si les entrées de Bacha et Mateo, ont amené une technicité, une fraîcheur et une capacité à casser les lignes bienvenues, cela n'a pas suffit. Corinne Diacre et son staff ont failli à proposer un plan B, tant pour l'animation offensive que pour une doublure à celle qui devait être l'avant-centre star Marie-Antoinette Katoto. Difficile de tomber sur une Kadidiatou Diani, qui n'a pas été habituée à jouer en position axiale et encore moins contre des oppositions de ce niveau avant cet Euro, ou sur une Melvine Malard, prometteuse, mais encore trop tendre face à des adversaires de ce calibre.

Un manque de profondeur de banc

Avant l'Euro, l'équipe de France avait pris un train de retard sur le sujet. Les occasions de matcher à de telles hauteurs se font rares. Et si depuis le Mondial 2019, ces rencontres ont servi à intégrer MAK, qui n'avait pas été retenue, au trident de devant, aucune doublure n'a vraiment eu l'occasion de s'aguerrir en cas de pépin. En complément, aucun profil n'a vraiment émergé pour permettre de proposer cet ajustement tactique que requiert parfois certaines rencontres.

Les matchs de préparation contre le Vietnam et le Cameroun, remplacés par des oppositions plus sérieuses (à l'image de ce qu'on fait les autres favorites), auraient pu servir en ce sens. Ces matchs amicaux ou de préparation revêtent une importance d'autant plus grande, que les joueuses françaises, qui pour la plupart évoluent dans une D1 profondément déséquilibrée, n'ont que très peu l'opportunité d'être confrontées à une telle adversité.

Melvine Malard
Melvine Malard est apparue encore un peu tendre pour mener l'attaque tricolore face à une telle adversité. / Marc Atkins/GettyImages

"Il faudra amener un peu de profondeur et de qualité, on voit que l'équipe de France manque un peu de profondeur de banc, avec seulement 13 ou 14 joueuses qui ont pu apporter quelque chose", confirmait Elise Bussaglia. Si le plafond de verre des quarts de finale, qui tenait depuis 10 ans toutes compétitions confondues, est brisé et que les Bleues ont enfin mis les pieds dans le dernier carré d'un Euro, ce qu'elles n'avaient jamais fait auparavant,"il y a beaucoup de déception, on était à 90 minutes de Wembley, et l'objectif n'est pas atteint", rappelait la capitaine tricolore Wendie Renard, mercredi soir.

Corinne Diacre, à la tête de la sélection depuis 2017, glissait qu'il fallait encore laisser à cette équipe "un peu de temps". Celle dont l'avenir devrait être fixé dans les prochains jours, et qui, selon les dernières tendances, devrait rester en place, devra néanmoins rapidement basculer. Le Mondial, c'est demain (juillet-août 2023) et les JO 2024 viendront tout aussi vite.