Unpopular Opinion : Zinédine Zidane n'est pas un grand entraîneur

Jordan Proisy
Zidane lors de la défaite des siens en Liga face à Cadiz. .
Zidane lors de la défaite des siens en Liga face à Cadiz. . / Quality Sport Images/Getty Images
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Zinédine Zidane est indéniablement l'un des meilleurs joueurs de football de l'Histoire. Par contre, en tant qu'entraîneur, il n'est pas le meilleur, ni l'un des meilleurs. Est-il seulement un grand entraîneur ? La question se pose.


Les "Unpopular Opinion". Ces avis clivants, que l'on garde souvent pour soi par peur de subir les foudres de la majorité bien pensante. Pour autant, ces opinions ont le mérite d'exister et sont même essentielles afin de faire évoluer les débats. Au cours de cette nouvelle série, pas de propos aseptisés ou édulcorés, mais une bonne dose de franchise propre à l'essence de 90min : donner la parole aux supporters.

Aujourd'hui, nous nous attaquons à un mythe : sa majesté Zinédine Zidane.

Oui, en tant que joueur, le numéro 10 français était adulé de tous. De nos jours encore avoir un meneur de jeu de son niveau ne sera peut-être plus jamais possible. La Juventus, le Real Madrid, l'Équipe de France, tous en ont profité.

Coupe du Monde, Euro, Ligue des Champions, Ballon d'Or, il a tout remporté. Toujours décisifs dans les grands matchs, il a forgé sa réputation après des buts incroyables en finale face au Brésil en 1998 ou encore avec les Merengue en 2002 face à Leverkusen.

Malheureusement, il termine sa carrière internationale sur un coup de boule contre Materazzi en 2006. Avant cela, il avait déjà pris 11 cartons rouges tout au long de sa carrière. Son tempérament était surement son seul point faible sur un terrain.

Mais sur le banc, ce n'est pas le seul défaut que l'on peut reprocher au technicien depuis sa prise de fonction à la tête du Real. Des arguments d'une objectivité sans faille qui prouvent que non, Zizou n'est pas un GRAND entraîneur.

1. Commencer avec le Real ? Trop facile

Zidane sur le banc de Madrid contre Levante
Zidane sur le banc de Madrid contre Levante / Soccrates Images/Getty Images

Thierry Henry est-il un grand entraîneur ? Non. Patrick Vieira est-il un très grand technicien ? Non. Laurent Blanc peut-il être considéré comme l'un des meilleurs tacticiens du monde ? Évidemment que non.

Leur point commun à tous les trois ? Ils n'ont pas débuté leur carrière à la tête d'une des plus grandes équipes sur la scène européenne et internationale.

C'est évident que prendre les rênes du Real Madrid avec des joueurs très talentueux aide forcément plus que si vous commenciez avec Arles-Avignon ou le FC Vizela.

Certes, il y a aussi plus de pression sur vos épaules mais quand vous savez que sur le terrain, votre équipe est déjà largement plus forte que les trois quarts des équipes adverses, ça reste plus facile.

2. De plus grandes difficultés depuis son retour

Lors de ses deux premières années, il est vrai que les résultats de l'ancien numéro 10 de l'Equipe de France étaient éblouissants. Mais au final, est-ce que cela n'aurait pas été un petit peu un coup de chance ?

Une arrivée en janvier 2016 après un passage éclair de Rafael Benitez, qui n'aura pas laissé un grand souvenir là bas, et qui a profité à Zidane. Il n'aurait pas pu faire pire que l'Espagnol. Il a surfé sur la dynamique de l'électrochoc au bon moment.

De plus, son aura a pendant un temps été très efficace. Les joueurs buvaient les paroles du champion du monde. Mais depuis son retour en mars 2019, cette corde à son arc fonctionne beaucoup moins bien.

À 19 points de Barcelone pour la saison 2018-2019, éliminé en LDC dès les huitièmes de finale en 2019-2020, et a chaque fois sous pression après des défaites surprises face à Majorque l'an dernier ou Cadiz il y a peu, l'ancien Merengue n'a plus la même réussite.

3. Il n'a entrainé QUE le Real Madrid

Zizou connait la maison madrilène par coeur
Zizou connait la maison madrilène par coeur / Soccrates Images/Getty Images

Pour forger une réputation en tant que GRAND entraîneur, il faut avoir prouvé dans plusieurs clubs sa capacité à avoir des résultats. Malheureusement, il n'a pas souhaité s'aventurer autre part qu'à Madrid.

Après son départ en 2018, le meilleur joueur de l'histoire des Bleus a reçu plusieurs propositions, du Bayern, ou même de Manchester United pour remplacer José Mourinho, mais il a tout refusé. Il ne se voyait qu'au Real.

Une décision touchante mais surtout un choix de facilité. Le ballon d'Or 98 ne sort pas de sa zone de confort, et ne se sent peut-être pas prêt à tenter sa chance ailleurs.

Pourtant c'est bien une victoire en Ligue des Champions avec un autre club qui manque sûrement pour commencer à le considérer comme un entraîneur de très haut niveau.

4. Le palmarès c'est bien, mais le fond de jeu c'est mieux

Zidane n'a pas trouvé un style de jeu comme Guardiola a pu le faire à Barcelone ou City
Zidane n'a pas trouvé un style de jeu comme Guardiola a pu le faire à Barcelone ou City / Kevork Djansezian/Getty Images

On va comptabiliser le palmarès national et européens des Madrilènes sous Zizou. Alors trois Ligue des champions, très bien, deux Liga, dont la dernière cette année, ok, deux Supercoupe de l’UEFA, d'accord, et deux Supercoupe d’Espagne.

Mais après avoir dit ça, il n'y a plus grand chose à dire. C'est souvent le débat du football moderne. Doit-on privilégier les résultats ou le style de jeu pour juger la performance d'un entraîneur.

Pour le comparer avec d'autres grands noms, il est en dessous d'un Pep Guardiola, qui lui cumule trophées et fond de jeu très reconnaissables, ainsi qu'impressionnant. Mais aussi par exemple d'un Marcelo Bielsa.

L'Argentin est respecté et surtout mis en avant par tous les techniciens pour sa vision du football, parfaite, novatrice, ses idées sur le jeu et ses principes qu'il essaye d'inculquer à ses équipes.

Effectivement, Bielsa a eu moins de résultats probants, mais quand vous êtes considéré comme l'un des plus grands par vos pairs, cela reste significatif. Zidane n'en est pas encore là.

"La victoire reste inscrite dans un almanach, mais la façon dont tu gagnes reste dans la mémoire des gens", disait Arrigo Sacchi.

5. Merci Cristiano Ronaldo !

Ronaldo était plus important que Zidane au Real
Ronaldo était plus important que Zidane au Real / Chris Brunskill Ltd/Getty Images

Petit détail et non des moindres, à son arrivée en 2016, jusqu'à son premier départ en 2018, l'ex-créateur avait dans ses rangs un certain Cristiano Ronaldo.

L'un des meilleurs joueurs de tous les temps pouvait porter à lui tout seul la Maison Blanche, jusqu'aux trophées. Dans les statistiques de Cristiano Ronaldo sous Zinedine Zidane. On note 114 matchs joués avec 112 buts marqués.

10 triplés et 26 passes décisives. Rien que ça. Des chiffres hallucinants, qui montrent aussi une certaine dépendance au Portugais. D'ailleurs, depuis son départ pour la Juventus, le Real connait plus de difficultés offensives.

Il est plus facile de remporter des matchs et des trophées avec un tel surhomme à ses côtés. Il faut maintenant apprendre à faire sans lui et montrer que Zizou n'a pas besoin de lui.

6. Il a coulé Bale, James et Jovic

Dernière polémique en date, le cas Jovic. Recruté à prix d'or (60 M€), il n'a que trop peu joué et ne s'est jamais véritablement intégré dans l'équipe. Pourtant, avec son ancien club de Francfort, il avait éclaboussé la Bundesliga de son talent.

27 buts toutes compétitions confondues, il devait concurrencer Benzema ou même jouer avec lui dans un 4-4-2 qui aurait pu avoir fier allure. Mais Zinedine n'a jamais réussi à tirer la quintessence de l'attaquant.

Ce n'est pas le seul à avoir été mis au placard. Que dire de Gareth Bale, ou James Rodriguez ? Ce dernier est d'ailleurs en train de renaître de ses cendres à Everton, qui se dit forcément avoir fait une affaire en l'achetant pour seulement 20 millions.

Quand l'on sait qu'un entraîneur doit aussi être capable de tirer le meilleur de ses différents éléments, c'est ce qu'on peut appeler des petits couacs dans la gestion du vestiaire par El Maestro.

7. Il a commencé en 2016 ! Laissons le temps

Zinedine Zidane a joué son premier match en tant qu'entraîneur face au Deportivo la Corogne
Zinedine Zidane a joué son premier match en tant qu'entraîneur face au Deportivo la Corogne / Juan Manuel Serrano Arce/Getty Images

Depuis les années 90, le nom de Zidane est connu de tous. Nous l'entendons partout, très souvent, pourtant sa carrière sur le banc de Madrid n'a débuté qu'en 2016 !

Quatre ans, avec une coupure de neuf mois, pour un total de quatre saisons en tant qu'entraîneur. C'est trop peu pour pouvoir affirmer qu'il fait partie des plus grands.

Un peu comme un joueur encensé trop vite, RIP Marvin Martin, il faut laisser du temps avant d'affirmer qu'untel ou untel est au dessus du lot.

La patience est une vertu nécessaire dans le milieu footballistique, et il va falloir attendre encore plusieurs années avant de considérer que l'ancien milieu offensif est le top du top.

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