Unpopular opinion : Le mercato est enfin terminé, place au vrai football

Erling Haaland a marqué le mercato d'été 2022
Erling Haaland a marqué le mercato d'été 2022 / Visionhaus/GettyImages
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Joyeuseté de l'entre-deux saisons, le mercato d'été 2022/23 a fermé ses portes dans la soirée de jeudi à vendredi, drainant avec lui ses habituelles centaines de millions d'euros et ses derniers mouvements de panique. Il était temps.

L'été. Une saison synonyme de soleil, de vacances, de gaieté. Pas pour tout le monde. En coulisses, les clubs sont au four et au moulin pour compléter leurs effectifs, renforcer leurs rangs, remplacer des partants.

Une période éreintante, peut-être plus encore que la saison sportive en elle-même. Car le mercato n'est pas fait que de réjouissances, loin de là. Le marché des transferts est à la fois tout ce que le football a de plus excitant et de plus épuisant.

Le mercato, c'est un ode à la passion du football : une période faite de joies et de peines, un mélange d'emballement et de frustrations, d'exaltations et de soupirs. Quel supporter n'a jamais rêvé qu'une rumeur se transforme en réalité ? Quel fan n'a jamais proposé un profil à son club ? Quel passionné ne s'est jamais laissé porter par la rêverie face à un bruit de couloir prenant de l'épaisseur grâce aux réseaux sociaux ? Avant de finalement déchanter face aux recrutements, parfois cruellement hasardeux de son club de coeur ?

Le fléau des spécialistes mercato

Pourtant, le mercato perd de sa superbe. La raison ? Il y en a plusieurs. La première est son ampleur. Chaque saison la démesure s'empare de la planète football et entraîne avec lui des millions d'euros de dépenses, parfois à l'excès. Des sommes folles qui participent souvent à véhiculer le stéréotype de l'argent roi dans le monde du ballon rond. Un cliché devenu réalité qui peut, à raison ou à tord, faire grincer des dents à l'heure de l'après-Covid et en pleine période de récession.

Un mercato qui n'en finit d'ailleurs plus de se dérégler et de creuser les écarts entre géants d'Europe et clubs plus modestes, qui doivent bien souvent assurer leur survie économique par des ventes plus ou moins forcées.

Le mercato, c'est aussi des centaines de milliers d'informateurs qui polluent les réseaux sociaux diffusant des fausses informations à longueur de temps pour la moindre étincelle de célébrité. Qu'importe la véracité de leurs propos, là n'est pas leur mission : le seul objectif étant d'attirer l'attention sur leur compte et mesurer l'engagement autour de leurs dires.

Des effectifs démesurément grands

Le mercato fait aussi perdre le sens des réalités. Un club promu en première division doit forcément entamer un nouveau virage, dans une division bien supérieure où tout renfort sera apprécié. Un club comme Nottingham Forest se devait de se renforcer après s'être séparé de pas moins de 13 joueurs lors de l'intersaison.

Mais se renforcer n'est pas synonyme de recrutements précipités, poussés par des résultats parfois poussifs en début de saison. 21 recrues étaient-elles réellement nécessaires, pour porter l'effectif à 30 joueurs ? D'autant que certains joueurs ont été immédiatement prêtés.

A titre de comparaison, seul Manchester United, qui dispute la Ligue Europa, compte autant de joueurs professionnels dans son effectif (31). La taille moyenne d'un effectif de Premier League se situant cette saison à 25,9 joueurs par club et 25,5 joueurs pour les clubs anglais européens. Manchester City compte 23 joueurs professionnels dans son effectif.

Des joueurs et du bétail

Autre point, la longueur de cette fenêtre de transferts. Cette saison, le mercato a ouvert ses portes le 10 juin et les a fermées le 1er septembre 2022 à 23h00. Presque trois mois de mercato, du jamais vu. A quoi bon. Certains dossiers chauds ont même été réglés et annoncés en dehors de cette période interminable (Julian Alvarez, Erling Haaland, etc.). Comme un pied de nez à toute organisation : les clubs sont rois.

Le marché des transferts, de par sa croissance exponentielle n'a plus aucune limite. Ni économique (le FC Barcelone est devenu expert en la matière), ni logique, ni temporelle. Les joueurs eux, n'ont quasiment plus leur mot à dire : tels du bétail, ils sont échangés, collectionnés, empilés tels des vignettes Panini, FIFA Ultimate Team ou Sorare.

Un aspect psychologique important

Le Paris Saint-Germain a dû attendre le départ de Leonardo pour vider son "loft" d'indésirables. D'autres, en revanche, n'ont pas eu cette chance. Même non désirés, les joueurs sont gardés pour se nourrir d'entraînements avec la réserve ou pour servir de faire-valoir à l'équipe première. Au détriment de toute santé mentale.

Pour les entraîneurs aussi, c'est un sacré combat. Celui de devoir débuter la saison avec un effectif qui pourrait être chamboulé au 2 septembre. La fin du mercato, c'est un soulagement pour eux, en témoigne l'intervention de Bruno Genesio ce vendredi en conférence de presse. "Très content que le mercato soit terminé, parce que c’est du grand n’importe quoi. Ce matin j'ai retrouvé un groupe beaucoup plus joyeux, beaucoup libéré dans les têtes, collectivement, individuellement. Je ne sais pas où on va mais c'est assez pittoresque." Une déclaration qui en dit relativement long.

Avec la fin du mercato, l'heure est enfin à la reprise : celle du football, le vrai. Du terrain, du jeu, des analyses tactiques et techniques, des débats sur les choix de certains entraîneurs et joueurs. La voilà, la vraie reprise du football. Il était temps.

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