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Reportage - Coupe de France : GFA Rumilly Vallières prêt à soulever le rocher monégasque

Marian Le Lorec
La joie des joueurs de Rumilly Vallières après la qualification en demi-finales de Coupe de France.
La joie des joueurs de Rumilly Vallières après la qualification en demi-finales de Coupe de France. / JEFF PACHOUD/Getty Images
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Pour la première fois de son histoire, le GFA Rumilly Vallières (N2) va disputer les demi-finales de la Coupe de France, ce jeudi (21h15), face à l'AS Monaco (L1). Immersion dans la tête du coach savoyard et de deux joueurs du GFA avant une soirée historique.


Sur le papier, cette demi-finale de Coupe de France entre l’AS Monaco, club historique qui bataille dans le haut de tableau de la Ligue 1 et le GFA Rumilly Vallières, pensionnaire de National 2, ne laisse que peu de doutes quant à son issue.

Mais le club de Haute-Savoie, tombeur de Toulouse (2-0) au tour précédent, compte bien saisir sa chance et réaliser un exploit inédit depuis l’épopée calaisienne en 2000.

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Le bonheur suite à la victoire en quarts de finale face à Toulouse (2-0). / JEFF PACHOUD/Getty Images

Un parcours lancé début octobre 2020 par un 4e tour contre l’AS Divonnaise, sept mois après cette première rencontre, le club savoyard se retrouve dans le dernier carré de la Coupe de France. Un parcours inattendu pour ce club, fondé en 2018 après une fusion avec Vallières, promu cette saison-là en N2.

L'entraîneur du GFA Rumilly Vallières, Fatsah Amghar et les deux joueurs expérimentés Dorian Lévêque et Alexis Peuget se sont confiés en exclusivité à 90min, nous délivrant les ingrédients de cette réussite sensationnelle et comment ils abordent ce match de gala face à l'ogre monégasque.

"Une fierté de réussir ce parcours"

Entraîneur de nombreux clubs amateurs savoyards depuis 2003, Fatsah Amghar est très attaché à cette région, lui le natif de Saint-Chamond (Loire).

Le technicien de 46 ans a connu la fusion de Rumilly avec Vallières en 2018. Prolongeant l'aventure l'année dernière, il ne s'attendait pas à vivre une saison de folie, avec malheureusement l'arrêt du football amateur, mais surtout ce parcours magique que seule la Coupe de France peut offrir.

Présent au club depuis plus de 6 ans, il a réussi à faire monter le club de Régional 2 à National 2 : "C'est une fierté de réaliser ce parcours avec un club où j'ai passé de très belles années. C'est une aventure humaine que je vis pleinement, s'enthousiasme-t-il.

"Un parcours exceptionnel et inoubliable pour tout le club, une ville et une région."

Fatsah Amghar

C'est d'autant plus la cerise sur le gâteau de réussir ce parcours en Coupe de France, car ce n'était pas prévu et ce n'était pas un objectif, avant que ça le devienne au fil des tours. Je suis hyper content pour le club, les joueurs et mon staff ".

Un parcours inoubliable

Ces épopées ne sont pas données à tous les clubs amateurs. Le GFA Rumilly Vallières rejoint dans la légende de la Coupe le Calais RUFC 2000, le FC Montceau Bourgogne 2007 et l’US Quevilly de 2010, seules équipes de son niveau à s’être hissées en demi-finales depuis 20 ans.

On sent toute l'émotion de Fatsah Amghar pour décrire ce genre d'événement, qui n'arrive qu'une fois dans une vie : "C'est que du bonheur, du positif, de la joie, des émotions fortes du fait qu'on y soit arriver à chaque fois. On vit un parcours exceptionnel avec quoiqu'il arrive des souvenirs inoubliables ", souligne, sans céder à l'euphorie mais avec le calme qui le caractérise, le technicien de 46 ans.

Recruté lors du mercato hivernal, Dorian Lévêque ne pouvait rêver mieux comme parcours. Malgré l'arrêt des championnats amateurs suite à l'épidémie de Covid-19, les Savoyards ont réalisé un parcours héroïque pour se hisser dans le dernier carré de la Coupe de France : "Pour réaliser ce parcours, on a aussi bénéficié du nouveau format cette année", précise-t-il.

Il est cependant important de mettre en avant cet exploit monumental pour ce club de quatrième division : "Aujourd'hui, on est la seule équipe de National 2 à arriver à ce stade de la compétition. On savait après chaque match de Coupe que si l'on perdait, ça pouvait être notre dernier match de la saison", rapporte l'ancien latéral gauche de Guingamp.

Les forces de l'équipe

Pour se hisser dans le dernier carré de la Coupe de France, "Il faut avoir un certain caractère pour passer les tours", rappelle Fatsah Amghar. Le club de Haute-Savoie a connu cette pression, avec trois séances de tirs au but disputées. Cette abnégation à se surpasser montre toute la cohésion d'un groupe et l’esprit de combattant des joueurs sur le terrain.

"Il est Important de savoir gérer ses émotions pour être efficace. "

Fatsah Amghar

Le tacticien ligérien est revenu sur la grande force mentale de son équipe, ce qui permettait d'aborder les moments décisifs dans les meilleures conditions lors de matchs couperets :

"C'est important de savoir gérer ses émotions pour être efficace surtout quand on arrive à la séance des tirs au but. Quand on se retrouve lors des matches à élimination directe, il faut avoir un gros caractère. De ce côté-là, je pense qu'on a toujours répondu présent et on espère continuer dans cette voie", affirme-t-il.

Un alliage d'expérience et jeunesse

Un parcours exceptionnel en Coupe de France ne se fait pas que sur l'aspect mental, il faut aussi du talent pour sublimer un collectif : "Le coach met en place un certain plan de jeu, avec une rigueur à respecter. Une alchimie se met en place avec un groupe qui vit bien. Et les résultats suivent", indique Dorian Lévêque.

"On a une grosse solidarité avec un groupe qui vit bien."

Alexi Peuget

Recruté à l'été 2020, l'expérimenté milieu de terrain défensif de 30 ans, Alexi Peuget, est rapidement devenu le capitaine de cette formation de Rumilly.

L'ancien met en exergue la solidarité du groupe, élément clé de ce parcours inédit : "On a un groupe qui s'entend très bien sur et en dehors du terrain. Chaque joueur avance dans le même sens, on attaque et on défend ensemble. L'arrêt du championnat nous a surmotivé, on s'entraînait avec motivation pour cet objectif", rappelle Alexi Peuget

Comment aborder une demi-finale de Coupe de France ?

Les Savoyards évolueront une nouvelle fois au Stade D'Annecy pour la réception de l'AS Monaco. C'est la première équipe de Ligue 1 que les partenaires d'Alexis Peuget affronteront lors de cette édition. Après avoir éliminé une Ligue 2, le niveau s'élève encore plus pour les amateurs de Rumilly Vallières.

"On prépare ce match de la même manière que les autres. "

Fatsah Amghar

L'objectif premier pour un entraîneur avant un grand rendez-vous, c'est de ne pas se mettre de pression. Si cette pression existe, elle doit être positive : "On prépare ce match de la même manière que les autres. On essaie de rester le plus simple possible et de ne pas changer nos habitudes. C'est tous ces éléments qui font qu'on ne met pas de pression et qu'on ne perturbe pas les joueurs", précise-t-il.

"Notre force, c'est l'équipe. "

Dorian Lévêque

Conscient du match difficile qui attend les Savoyards face à Monaco, le groupe connaît ses forces. Au fil de la compétition, les joueurs ont pris conscience qu'il pouvait rivaliser grâce à l'esprit collectif. :

"Sur le plan individuel, on sait très bien qu'on sera moins fort que Monaco. Mais à partir du moment qu'il y a de l'espoir, tout est possible. On sait très bien qu'il y a eu des surprises en coupe les années précédentes et encore plus cette année. Pourquoi pas nous", ajoute avec conviction Dorian Levêque

"On respecte bien notre système de jeu."

Alexi Peuget

Les joueurs ont très vite compris qu'ils pouvaient réaliser de grandes choses en respectant les consignes de l'entraîneur.

Ce groupe est à l'écoute et surtout très discipliné pour s'imposer à la loyale sur le terrain : "On est une équipe embêtante à jouer. Lorsqu'on arrive à mener au score, c'est très dur de nous bouger, on est bien en place. On travaille bien défensivement et offensivement, on arrive à se créer des occasions. Notre force sur les derniers tours est notre assise défensive et aussi notre réalisme pour conclure les actions. En respectant notre système de jeu, on pourra espérer faire vaciller Monaco", nous confie le capitaine.

Profitez du moment présent mais y croire

Ce dicton revient régulièrement dans le discours du coach. Dans la carrière d'un joueur amateur, ce parcours n'arrive qu'une fois dans une vie. Il est important que les joueurs qui vivent cette aventure profitent de ces moments de joie : "On demande aux joueurs de prendre du plaisir, profitez du moment présent", ajoute l'entraîneur du GFA, qui a une confiance aveugle en son groupe.

Fatsah Amghar s'attend à une rencontre difficile, mais veut croire en l'exploit de son équipe : "On a envie de continuer l'aventure et on va se donner les moyens d'y arriver", affirme le coach avec conviction.

Des joueurs d'expérience

Dans ces rencontres à élimination directe, il est primordial de pouvoir compter sur des joueurs d'expérience. Le GFA Rumilly Vallières dispose de deux cadres pour relever ce défi : Dorian Lévêque et Alexi Peuget, anciens joueurs professionnels, ont côtoyé le plus haut niveau du football français et auront pour rôle d'haranguer leur troupe.

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Dorian Lévêque a joué plus de 130 rencontres de Ligue 1. / CHARLY TRIBALLEAU/Getty Images

"On va apporter notre expérience avec Alexi Peuget qui a connu aussi le haut niveau. Pour ma part, j'ai eu la chance de gagner la Coupe de France (Guingamp 2014, NDLR) et de participer à plusieurs demi-finales, rappelle-t-il.

On essaie d'apporter au groupe sans trop en faire, ce sont des choses qui se font assez naturellement. Notre rôle est aussi, de par nos prestations sur le terrain et nos indications, d'apporter ce petit plus qui peut être intéressant pour la coupe, mais aussi pour le championnat et pour la suite de carrières des plus jeunes ", précise Dorian Lévêque sur l'expérience qu'il peut donner à ses coéquipiers sur le rectangle vert et en dehors.

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Alexi Peuget au duel avec Yannick Ferreira Carrasco avec le maillot du Stade de Reims. / FRANCOIS NASCIMBENI/Getty Images

"J'ai eu la chance de côtoyer le plus haut niveau et affronter des équipes comme Monaco. On apporte notre expérience, on a acquis des choses pendant notre carrière et on essaie de les transmettre au mieux à toute l'équipe. On apporte notre sérénité, des conseils, en prenant la parole avant les matchs, souligne-t-il.

C'est important de communiquer pour rassurer, afin que chaque joueur puisse tirer le meilleur de soi-même. En prenant cette pression, on aide l'équipe à s'exprimer au maximum sur le terrain, en les mettant dans les meilleures conditions pour qu'ils puissent jouer plus librement", résume Alexi Peuget sur l'apport d'un joueur de son calibre.

"On a peut-être une finale contre le PSG. "

Fatsah Amghar

Le Stade de France à la clé

La troupe savoyarde est uniquement concentrée sur le match face au club de la Principauté, même si inconsciemment les joueurs et l'entraîneur se rendent compte qu'ils ne sont plus qu'à une (grosse) marche de la finale :

"On est concentré sur le match de Monaco mais on sait aussi qu'à la clé il y a une finale de Coupe de France à aller chercher. On n'a jamais été aussi proche de notre histoire. Dans un coin de nos têtes, on sait qu'on a peut jouer une finale contre le PSG", rapporte Fatsah Amghar avec modestie.

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Dorian Lévêque soulevant la Coupe de France avec l'EAG. / FRANCK FIFE/Getty Images

L'effervescence totale malgré l'absence du public

Huit ans après l'épopée d'Evian Thonon Gaillard en Coupe de France et un large succès en demi-finale face à Lorient (4-0) dans un Parc des Sports d'Annecy plein à craquer. Malheureusement, ce stade de plus de 15.000 places sonnera creux cette année pour la réception des hommes de Niko Kovac.

À l'unanimité cependant, Dorian Lévêque et Alexi Peuget regrettent le contexte actuel qui les privera de leur public, au Parc des Sports d'Annecy, enceinte du club de football du FC Annecy évoluant en National cette saison. Depuis la qualification en quarts de finale, les joueurs du GFA ne jouent plus au Stade des Grangettes de Rumilly.

"C'est sûr quand on joue l'AS Monaco en demi-finales de Coupe de France, on voudrait jouer devant des spectateurs et un stade plein pour avoir une réelle ambiance. Cela aurait récompensé tout le football savoyard", déplore Dorian Levêque.

"Malgré tout le soutien qu'on nous apporte hors terrain, c'est frustrant de jouer sans supporters. C'est totalement différent de cette ferveur quand le stade est plein. Dans mon parcours professionnel, j'ai eu l'opportunité de connaître des grosses ambiances avec des tribunes remplies. C'est un football totalement différent, où la passion du ballon rond ressort. On joue aussi pour vivre ces sensations-là, de se faire pousser à chaque action. C'est sûr que ça apporte toujours un petit supplément d'âme", regrette Alexi.

Si les locaux devront faire sans la présence de leurs supporters pour cette demi-finale, le petit club de Haute-Savoie se sait soutenu par toute une région.

Les Rumilliens vivront, ce jeudi soir à 21h15, un moment unique, peut-être le plus intense de leur carrière, mais avec toujours en tête un seul mot d'ordre : "Sur un match, tout est possible".

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