Trêve de Noël 1914 : Un ballon en cuir au milieu des tranchées

Kristen Collie
Les soldats allemands et britanniques ont lâché les armes pour jouer au football.
Les soldats allemands et britanniques ont lâché les armes pour jouer au football. / Getty Images
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Mythe ou réalité ? La légende veut qu’en ce début de Première Guerre mondiale, Anglais et Allemands cessèrent le feu et fraternisèrent autour d’un ballon en cuir. Ce match de football organisé au beau milieu du no man’s land, un jour de Noël 1914, continue de marquer le souvenir du conflit.


La Grande Guerre ne devait pas dépasser noël. À la place, elle est devenue un monstre vorace et impossible à contrôler. Au beau milieu de ce carnage, des hommes envoyés au front pour défendre leur patrie. Beaucoup d’entre eux pensaient pourtant rejoindre leur famille pour noël. Au final, ils le passeront dans les tranchées.

"Grâce au football et à Noël, des ennemis que l’on essayait de tuer quelques heures auparavant, sont devenus nos amis le temps d’une partie."

Lieutenant allemand, Kurt Zehmish

À l’approche du 24 décembre 1914, l’espoir d’une trêve planait au-dessus de ces soldats. Le pape Benedict XV préconisait même un cessez-le-feu pour l’occasion. Face aux refus des différents belligérants, les combattants nous ont offert un moment d’humanité en fraternisant avec l’ennemi, le temps d’une trêve de noël "non officielle". Selon certains témoignages, un voire plusieurs matchs de football auraient même eu lieu sur le front franco-belge, entre soldats allemands et britanniques.

Le football comme vecteur de paix

"Quelques Britanniques sont sortis de leurs tranchées avec une balle, et un match animé a débuté. C’était à la fois merveilleusement fantastique et étrange. Grâce au football et à Noël, des ennemis que l’on essayait de tuer quelques heures auparavant, sont devenus nos amis le temps d’une partie."

Ces propos ont été recueillis dans le journal de l’ancien lieutenant allemand Kurt Zehmish. Ils témoignent de cet instant de fraternité unique, aux antipodes de l’image véhiculée par la Guerre mondiale. Plusieurs documents relatent ces épisodes et il est probable que ce scénario se soit répété sur toute la ligne de front.

"C’était une mêlée ! On ne parle pas d’un 10 contre 10 traditionnel, mais de 70 Allemands affrontant 50 Anglais."

Caporal anglais, John Ferguson
Le champs de Ploegsteert, lieu supposé de ce match.
Le champs de Ploegsteert, lieu supposé de ce match. / Tom Stoddart/Getty Images

Le football comme langage universel, les no man’s land se sont transformés en véritable terrain de foot géant : "C’était une mêlée ! On ne parle pas d’un 10 contre 10 traditionnel, mais de 70 Allemands affrontant 50 Anglais", témoigne à l’époque le caporal John Ferguson.

"Et à la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne"

Lors de la coupe du monde 1990, le leader de l’attaque des Three Lions, Gary Lineker, désabusé de la défaite de son équipe contre la RFA, a sorti cette phrase devenue célèbre dans le milieu du football.

Quelques décennies plus tôt, ce constat était également une réalité. Lors de cette trêve de noël 1914, les Allemands l’auraient emporté sur le score de 3-2 selon plusieurs sources concordantes. "Nous avons marqué les buts avec nos képis. Les équipes ont été rapidement formées pour un match sur la boue gelée, et les Fritz ont battu les Tommies 3 à 2", détaille un lieutenant allemand dont le nom n’a pas filtré.

Ce score est également repris dans l’édition du journal britannique The Times du 1er janvier 1915, en se basant sur une lettre d’un docteur britannique de la London Rifle Brigade : "Le régiment a eu un match de football contre les Saxons, qui les ont battu 3-2".

Ce match, et plus particulièrement cette trêve de noël 1914, fait aujourd’hui l’objet de commémoration en tout genre. Le 11 décembre 2014, à l’occasion du centenaire, l’UEFA a même érigé un monument à Ploegsteert, lieu supposé des faits, en souvenir de cette rencontre de la paix.

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