Euro Féminin 2022

Pauline Peyraud-Magnin de l'ombre à la lumière, retour sur le bel Euro 2022 de la gardienne de l'équipe de France

Justine Saint-Sevin
Pauline Peyraud-Magnin sera attendue dans les airs contre l'Allemagne, mercredi en demi-finale de l'Euro 2022.
Pauline Peyraud-Magnin sera attendue dans les airs contre l'Allemagne, mercredi en demi-finale de l'Euro 2022. / Robbie Jay Barratt - AMA/GettyImages
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Peu sollicitée, mais décisive dans les moments chauds, la gardienne de l’équipe de France enchaîne les prestations solides pour sa première grande compétition. Sa sérénité derrière une défense longtemps balbutiante n’est pas étrangère à la réussite des Bleues. Retour sur une montée en puissance.

Megan Rapinoe, un poil provocatrice comme à son habitude, l’avait annoncé : "Aucune nation ne peut gagner sans des lesbiennes dans son équipe". La gardienne des Bleues, Pauline Peyraud-Magnin, première internationale française de football toujours en activité ayant fait son coming-out, pourrait participer à valider l’impertinente maxime. 

Alors certes, le chemin est encore loin de deux victoires si les Bleues veulent rafler leur premier titre lors de cet Euro 2022, il n’empêche que ce groupe a d’ores et déjà écrit un chapitre un peu plus doux que les précédents, rappelant au passage à l’équipe de France et ses supporters qu'une compétition ne s'arrête pas à ces satanés quarts de finale. 

Une place à se faire

Car, ce mercredi 27 juillet, face à l’Allemagne, l’équipe de France jouera la première demi-finale de son histoire dans un Euro. Sa première demi-finale tout court depuis 10 ans, et celle qu’elle avait perdue aux Jeux Olympiques de Londres en 2012. 

Une performance historique à laquelle l’indéboulonnable portière de la Juventus a pleinement participé. Longtemps coincée en sélection dans l’ombre de Sarah Bouhaddi, dont elle a récupéré la place après que cette dernière ait décidé de se rester en retrait de l'équipe de France, la trentenaire, passée par Lyon, a bourlingué à travers l’Europe avant de s’imposer à l’Atletico puis à Turin, comme l’une des meilleures gardiennes du continent.

Ce n'est d'ailleurs pas à la lecture de ses statistiques sur cet Euro (5 arrêts, 1 clean sheet), loin derrière les 22 arrêts de Van Domlesaar et les 21 d'Evrard, que l'on peut mesurer l'apport de la gardienne française à ce collectif profondément renouvelé. Et où elle est en train de s'installer comme leader.

Une sacrée force mentale

Si l’adversité des poules fut toute relative, la sérénité que la portière a insufflé à un collectif qui n’a retrouvé sa solidité défensive qu’en quarts de finale face aux Pays-Bas, n’a rien d’anecdotique.

De fait, elle a brillé dès la 3e minute de cet Euro, en s’imposant du bout du pied, telle une gardienne de hand, sur un face-à-face avec Barbara Bonensea. Un but qui aurait pu changer beaucoup de choses à la physionomie du match et à la suite de l’aventure tricolore.

Impeccable dans les airs, auteure d’anticipations bienvenues, propre dans ses relances, Peyraud-Magnin a soulagé une défense dont les bouleversements en charnière centrale (le duel Tounkara-Mbock pour épauler Renard) avait crypté la connexion. D’ailleurs, la fébrilité de la capitaine Wendie Renard, avait mené à quelques cafouillages évitables dans la surface, malgré les "j’ai" autoritaires et opportuns de la Turinoise. 

L’aura dégagée par la gardienne tricolore est d’autant plus impressionnant, que Pauline Peyraud-Magnin a appris le décès de son ex-compagne, avec qui elle logeait toujours à Turin, juste avant le début de l’Euro. Raison pour laquelle, le staff des Bleues a notamment décidé de la préserver en lui évitant les sollicitations avec la presse.

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Des interventions aussi rares que précieuses

Bien sûr, tout n’a pas été parfait. Il y a notamment ces deux, trois loupés aériens contre la Belgique et surtout l’Islande, qui auraient pu être punis, si les joueuses ayant hérité du ballon avaient fait preuve de plus de justesse. Il n’en fut rien.

La Tricolore ne pouvait néanmoins pas grand choses sur les 3 buts encaissés par les Bleues depuis le début de la compétition. Ses quelques arrêts (5 au total) sont intervenus soit pour éviter de concéder l’ouverture du score soit pour s’éviter le but égalisateur ou la défaite.

Avec Peyraud-Magnin, la France s’évite aussi, pour le moment du moins et le plus longtemps possible on l'espère, ces buts casquettes, après une relance douteuse, qui ont offert plus d’une fois le but de la victoire à des adversaires que les Bleues parvenaient à dominer sans les faire rompre. Jusqu'à rallier Milton Keynes.

Le défi allemand et ses coups de pieds arrêtés

Evidemment que le défi sera immense face à un ogre allemand bardé de 8 titres de champion d’Europe et son groupe désireux de retrouver sa gloire passée. Rencontre durant laquelle Peyraud-Magnin sera forcément attendue dans le secteur aérien, sur ces corners ou plus globalement sur ces coups de pieds arrêtés où la Mannschaft excelle. Et là où les Bleues doivent encore progresser.

D’aucun disent qu’il faut une grande gardienne pour gagner des titres. Peu importe son identité, de genre ou son orientation sexuelle, face à l’Allemagne Pauline Peyraud-Magnin devra s’appliquer à répéter ce qu’elle fait de mieux : hausser le ton, grimper d’un cran, passer l’obstacle et quitter un peu plus l’ombre pour prendre la lumière. Celle qu'elle mérite pleinement.

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