Le projet Ineos : Les raisons d'un échec

Adrien Barbet
Jim Ratcliffe est le propriétaire de l'OGC Nice depuis août 2019
Jim Ratcliffe est le propriétaire de l'OGC Nice depuis août 2019 / VALERY HACHE/Getty Images
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Le 28 août 2019, l'OGC Nice est racheté par le groupe anglais Ineos. Bientôt deux ans après ce rachat et les grosses ambitions exposés, ce projet se dirige tout droit vers un échec. Mais quelles sont les erreurs commises par Nice et Ineos ? Retour sur les raisons d'un échec inattendu avec l'aide et l'expertise de @pantalon_blanc.


La nouvelle stratégie de recrutement peine à porter ses fruits

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l'OGC Nice a dépensé 10 millions d'euros pour Maolida / VALERY HACHE/Getty Images

Avant l'arrivée d'Ineos, l'OGC Nice avait une politique de recrutement qui fonctionnait à merveille. Recruter des pépites étrangères, des joueurs inconnus du grand public en dépensant peu d'argent et avec des possibles de grosses plus-values à la clé. Seri, Atal, Dalbert, Ricardo Perreira, Carlos Eduardo, Bénitez sont tous des joueurs révélés au Gym. Maintenant qu'Ineos dirige le club et que Nice peut dépenser plus facilement, cette politique a complètement été mise de côté.

Les dirigeants se portent sur des joueurs jeunes et qui ont déjà joué en Ligue 1 comme Saliba, Kamara, Todibo, Ounas, Claude-Maurice... Si certains joueurs comme Gouiri ou Flavius Daniliuc donnent satisfaction, d'autres achetés très chers comme Dolberg ou Maolida ont plus de mal à confirmer. Mais ce recrutement ne fonctionne pas. Nice stagne et semble s'éloigner des places européennes année après année. Des clubs français présentent des projets beaucoup plus ambitieux avec de meilleures stratégies de recrutement, comme Lille et Monaco qui se battent actuellement pour remporter la Ligue 1.

"La qualification européenne décrochée sous fond de Covid au printemps 2020 a laissé croire que nous allions franchir un cap."

Sky Nissa

Une équipe trop jeune

C'est le football moderne qui veut ça. Aujourd'hui les clubs sont persuadés que plus il y a de jeunes, plus le club sera performant. Sauf qu'à Nice, le recrutement est poussé à l'extrême. L'effectif de Nice ne compte seulement que deux joueurs de plus de 30 ans, Morgan Schneiderlin, arrivé cet été et Dante (blessé cette saison, NDLR) qui est sur la fin de sa carrière.

Le supporter inconditionnel du Gym tire des conclusions similaires, "On a persisté avec un recrutement extrêmement jeune, avec peu ou pas de cadre (Morgan Schneiderlin étant le seul joueur confirmé) pour accompagner le développement de la nouvelle génération. Il n’y avait donc personne capable de mobiliser les troupes sur la scène européenne, ni en cas de coup dur, comme la blessure de Dante."

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Kasper Dolberg peine à retrouver son meilleur niveau / NICOLAS TUCAT/Getty Images

Un constat alarmant qui se traduit par des prestations pas assez autoritaires et mal maîtrisées même lorsque l'adversaire en face semble moins bien armé. Depuis deux ans, Nice est l'effectif le plus jeune du championnat de France. La stratégie d'Ineos en matière de recrutement a plongé les aiglons dans le milieu de tableau.

Le choix de l'entraîneur

Si les résultats de l'équipe ont été en deçà des attentes, c'est aussi parce que le choix du coach n'a pas été à la hauteur des ambitions du projet. Passer de Lucien Favre, qui a réalisé la meilleure saison avec Nice depuis 40 ans, à Vieira, un entraîneur novice, c'était déjà un choix étrange à l'époque. Si l'ancien joueur d'Arsenal est arrivé avant le rachat du club, la stratégie de le garder s'est révélée être un fiasco. Ces dernières années, Nice a pourtant cherché à enrôler des coachs de renom comme Favre ou encore Claude Puel qui avait déjà gagné à Monaco, Lille et Lyon.

Patrick Vieira
Patrick Vieira n'a pas réussi à imposer ses idées à Nice / John Berry/Getty Images

Sky Nissa donne lui son avis sur le choix de confier l'OGC Nice à un entraîneur avec aussi peu d'expériences : "Patrick Vieira était lui-même un pari, un jeune entraîneur peu expérimenté dans le métier malgré une immense carrière de joueurs. Était-ce le meilleur choix pour travailler avec de jeunes joueurs ? Je ne suis pas sûr, et il faudra voir l’identité du futur entraîneur de l’OGC Nice pour savoir si le projet change de cap de ce côté là."

Donner les clefs d'une équipe aussi ambitieuse que Nice et son nouveau projet à un coach qui n'a supervisé qu'une équipe de jeune et une équipe de MLS était une idée farfelue. Si Adrian Ursea semble avoir la confiance de ses dirigeants pour la fin de la saison, Nice devra trouver un entraîneur capable d'exploiter au maximum le potentiel de cette équipe.

Le modèle Redbull

Ineos a basé son modèle de stratégie sportive de la même manière que celui des Autrichiens de Red Bull. La société spécialisée dans la chimie ne s'en cache pas. Jim Ratcliffe souhaitait s'implanter dans le domaine du sport, après le cyclisme, la voile, l'athlétisme, le hockey et maintenant le football. Mais copier un modèle n'est pas spécialement synonyme de réussite.

Avec ses équipes en Autriche, en Allemagne et aux Etats-Unis, Red Bull s'est forgé un empire qui réussit parfaitement. Fondé en 2009, Leipzig a atteint la demi-finale de la Ligue des Champions en seulement 11 ans.

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La stratégie d'Ineos est similaire à celle de Red Bull mais n'a pas le même rendement / VALERY HACHE/Getty Images

"L’objectif est de faire passer un cap à l'OGC Nice"

Julien Fournier

À contrario, Ineos se base trop sur le modèle autrichien et n'arrive pas à gérer toutes ses structures. Si l'écurie Ineos fonctionne bien dans le cyclisme, il y a un autre constat à tirer pour ce qui en est du football. Le Lausanne Sports, un club Suisse qu'Ineos a racheté en novembre 2017, est descendu en deuxième division à la fin de la saison en 2018. Avant l'arrivée des Anglais, Lausanne était cinquième du classement.

"Ils ont créé une attendre démesurée, par rapport aux investissements consentis."

Sky Nissa

L'OGC Nice était un club qui jouait les premiers rôles pour se qualifier en Europa League. Aujourd'hui, le Gym est à une décevante neuvième place et semble stagner. Le recrutement, le choix de l'entraîneur et la stratégie sportive d'Ineos auront finalement fait du tort aux aiglons. À son arrivée sur la Côte d'Azur, Jim Ratcliffe a annoncé vouloir tenir ses objectifs en trois à cinq ans. Après deux saisons sous pavillon anglais, le constat est clair, ce projet court tout droit à l'échec.

Pour Sky Nissa, le projet Ineos n'est pas encore enterré mais les dirigeants doivent renforcer l'équipe avec des joueurs qui ont emmagasiné plus d'expériences : "Il reste essentiel de recruter un joueur confirmé par ligne pour être compétitif en Ligue 1, tout en créant le meilleur environnement pour que les jeunes les plus prometteurs puissent s’épanouir. C’est une équation compliquée à résoudre, cela dépendra également du prestige de l’entraîneur, puisqu’il n’y aura pas de qualification cette saison pour attirer des tops joueurs, mais c’est une étape nécessaire si on veut s’installer dans le top 5 français de façon pérenne,"

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