Le jour où Jack Kachkar voulait racheter l'Olympique de Marseille

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En pleine tourmente ces dernières semaines en raison des nombreuses conjectures qui entourent un potentiel rachat de l'Olympique de Marseille par un investisseur saoudien, les Marseillais se remémorent aux bons souvenirs du plus grand escroc des années 2000. Retour sur une affaire qui a défrayé la chronique.


Le 16 janvier 2007, un avion se pose sur le tarmac de Marseille. À son bord, un homme d'affaires libano-canadien qui a pratiqué la plus belle danse du ventre pour enrhumer l'un des plus grands dirigeants du championnat de France : Pape Diouf. Ce dernier reconnaîtra plus tard que Jack Kachkar était de "bonne foi".

La naissance d'une folle idée

Le temps des nouvelles résolutions : Jack Kachkar avait probablement un peu trop arrosé son jour de l'an. Quoiqu'il en soit, seulement dix jours plus tard, ce dernier demande à Ramon Duran, un joueur de pelote basque à Biarritz, de signer une lettre de garantie bancaire d'un montant de 81.5 millions d'euros, soit le prix fixé par Robert Louis Dreyfus pour céder 80% de ses parts de sa holding (SA Eric Soccer) qui détient le capital de l'équipe phocéenne.

Convaincu par une amitié qui dure depuis 2002, Ramon Duran ne soupçonne pas un instant la fourberie d'un homme qui a trompé tout son monde. Conforté d'ailleurs par les médias qui détaillent la réussite de cet homme d'affaires dans le secteur pharmaceutique ou encore dans des mines de cuivre au Mexique, Ramon Duran a vent d'un jet privé de douze places, acheté au golfeur Jack Nicklaus pour un montant de 17 millions d'euros. Sur le papier, cette garantie bancaire est solide même pour un club qui ne respire pas une santé financière irréprochable.

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La rencontre

Présenté en égérie d'un modèle de réussite à l'international, après avoir voyagé aux quatre coins du globe, obtenu son diplôme de médecine à Budapest, Jack Kachkar a une fortune estimée à 400 millions de dollars.

Après avoir envisagé de racheter Newcastle United ou encore Aston Villa, Jack Kachkar collabore avec Francis Bridgeman, un avocat anglais spécialisé dans l'univers du football. À cette période, Robert Louis-Freyfus est préoccupé par des problèmes de santé suite à la découverte de métastases, une conséquence directe d'un cancer du poumon qui s'aggrave. Soucieux dans le même temps d'un conflit juridique qui le place en mauvaise posture, RBL envisage sérieusement de revendre ses parts qu'il détient à l'Olympique de Marseille. L'occasion rêvée pour l'homme d'affaires libano-canadien de rentrer en scène.

Invité au domicile de Robert Louis-Dreyfus, près du lac de Lugano, Jack Kachkar détaille au propriétaire marseillais sa stratégie financière, qui consiste à financer l'opération par l'intermédiaire d'une banque. RLD apprécie alors sa franchise. Reste désormais au Canadien de faire croître sa notoriété en France.

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L'image, l'image et l'image

Pour se faire connaître, reconnaître, et devenir crédible aux yeux de tous, Jack Kachkar sollicite les compétences d'Image Sept, une agence de communication, spécialisée dans la clientèle fortunée et qui facture ni plus ni moins près de 120.000 euros la prestation. Peu importe le montant, c'est une nécessité pour s'ouvrir les portes d'un nouveau monde.

Intronisé dans le milieu de la politique par l'intermédiaire de la structure, qui compte parmi ses clients des élus de droite, soi-disant proches du club phocéen, Jack Kachkar retrouve Robert Louis-Dreyfus en présence de plusieurs représentants à l'automne 2006 à Paris. Présent lors de la réunion, Vincent Labrune n'est alors pas convaincu par les garanties proposées par l'homme d'affaires. S'en suit une partie de poker menteur.

Un bras de fer parallèle

Peu de temps après cette rencontre officieuse, Jack Kachkar se tourne avec le célèbre cabinet d'audit Deloitte & Touche pour obtenir des informations d'ordre financier sur la marque "OM". Dans le même temps, RLD évalue les possibilités de récupérer plusieurs dizaines de millions d'euros au sein du club en mandatant Denys Angeloglou, un avocat de confiance de l'homme d'affaires franco-suisse.

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Désireux de ne pas ébruiter les différentes opérations, RLD œuvre en secret, manquant inévitablement de répondre à cette obligation. Finalement, les rumeurs vont bon train à Marseille avant que le journal l'Equipe dévoile en décembre 2006 l'identité du futur repreneur. La machine est en marche.

En grande pompe

Le 16 janvier 2007, Jack Kachkar est reçu en grande pompe par les représentants de la formation marseillaise sur le tarmac. Pape Diouf est invité à monter dans le jet privé. Les deux hommes échangent notamment sur son maintien en tant que président ou sur les potentielles cibles au mercato pour la prochaine saison.

Pleinement imprégné par son nouveau rôle, le Canadien prend la parole huit jours plus tard en annonçant la couleur à l'OM. Sponsor, potentiel commercial, toutes les facettes économiques du club sont abordées. Sans rien laisser au hasard, Jack Kachkar s'invite même quinze jours après lors d'un match de Coupe de France entre l'Olympique de Marseille et l'Olympique Lyonnais.

Qualifié pour le tour suivant aux dépens des Lyonnais, il en profite pour célébrer la victoire avec Franck Ribéry et ses coéquipiers dans le vestiaire marseillais. Le tout dans un registre extravagant.

""On a été surpris. Ce n'était pas dans les habitudes d'un président de se retrouver à sauter sur une table en s'aspergeant d'eau. Dreyfus n'aurait jamais fait un truc pareil.""

Toifilou Maoulida à So Foot

Investi d'une mission, Jack Kachkar n'avait pas manqué également de faire un tour d'honneur au Stade Vélodrome, saluant au passage les millier de supporters lyonnais présents dans le parcage visiteur, quelque peu médusés par son attitude décomplexée et surprenante compte-tenu de la rivalité qui règne entre ces deux clubs. En réalité, Jack Kachkar ne connaît rien ou presque au football.

L'heure de la fin

Le 21 février 2007, le Figaro dévoile une enquête de la cellule antiblanchiment du ministère des Finances (Tracfin) à l'encontre de Jack Kachkar, qui souhaite faire la lumière sur l'origine des fonds de ce dernier. Finalement, le 1er mars, le Parisien publie un papier sur la société CountryWide. De nombreux journalistes se penchent alors sur ses antécédents.

Révélées par la presse, plusieurs malversations sont mises au goût du jour. Son diplôme de médecine aurait été acheté sur le net, les résultats financiers de plusieurs de ses sociétés ne présentent pas des bilans excédentaires, d'autres auraient été déclarées en faillite. Le flou persiste et une idée commence à germer : Jack Kachkar n'est pas l'homme qui prétend être.

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Le 14 mai 2008, Ramon Duran niera au FBI avoir signé un document de garantie bancaire, un an après une dernière tentative de rachat de Jack Kachkar, qui refusera de verser les huit millions d'euros préalables à l'opération, invoquant notamment "un non-respect des clauses de confidentialité". Le 9 mai 2007, Robert Louis-Dreyfus mettra un terme à cette mascarade en déposant une plainte pour "faux, usage de faux et escroquerie".

Une condamnation à 30 ans de prison

Le 15 août 2019, Jack Kachlar est condamné à 30 ans de réclusion aux Etats-Unis pour une fraude estimée à 100 millions d'euros, qui a conduit à la faillite d'une banque à Porto Rico.

Il a été reconnu coupable de détournement d'argent et de malversations par la justice américaine et condamné à s'acquitter par ailleurs d'une amende de 103.490.005 de dollars, soit environ 93 millions d'euros. Une décision de justice qui fait suite d'ailleurs à une autre condamnation prononcée par le tribunal correctionnel de Paris. L'homme d'affaires libano-canadien avait écopé d'une peine de dix mois de prison avec sursis, dans le cadre de l'escroquerie au rachat de l'OM.

L'anecdote de José Anigo

Le 31 mars 2020, José Anigo est revenu dans l'After sur RMC Sport en livrant une anecdote sur Pape Diouf :

""Je ne sais pas si on peut en rire ce soir. Je vais vous raconter une anecdote qu'on a vécue avec Pape. On a connu le début avec lui (Jack Kachkar), le premier avion qu'on a pris avec ses initiales, les hôtesses. Tout le tralala pour draguer les gens, faire croire qu'on est très riche, très fort. On a marché. On est rentré dans cet avion et on s'est dit qu'on allait devenir le club le plus important, on a pensé qu'on allait avoir les moyens. Sur les deux, trois déplacements suivants, on ne prenait plus le même avion, il n'y avait plus les hôtesses. On s'est regardé, on s'est mis à rire et on s'est dit, on est mal barré ! On allait à Bordeaux, et on s'est dit, merde, c'est quoi ce truc"."

José Anigo

Une histoire rocambolesque.