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Interview : Les grandes ambitions de Pauline Peyraud-Magnin

Steeven Occhipinti
Pauline Peyraud-Magnin brille avec les Bleues.
Pauline Peyraud-Magnin brille avec les Bleues. /
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L'Euro féminin va arriver très vite ! Et l'Équipe de France pourra compter sur l'une des meilleures portières de la planète, en la personne de Pauline Peyraud-Magnin. Âgée de 29 ans, la gardienne tricolore a déjà joué pour l'OL, Arsenal ou l'Atlético de Madrid. Elle est désormais à la Juventus depuis l'été dernier.

Dans une fin de saison où son équipe est sur tous les fronts, Pauline Peyraud-Magnin a accepté de nous accorder une interview. Ses années à l'OL, son départ à la Juventus, son quart de finale de Ligue des Champions à venir, l'Euro féminin... 90min est revenu sur les sujets chauds du moment pour la gardienne de la Juventus !


Tout d'abord, comment est venue cette passion pour le football ?

Par rapport à ma famille. Mon père a joué longtemps au football, notamment en corpo. Et mon grand-père a été président d'un club à Lyon, plus précisément à la Croix Rousse. D'ailleurs, c'est l'endroit où je suis née. Du coup, j'ai été baigné un peu dedans. Puis, ils étaient déjà de vrais passionnés. Ensuite, mon oncle s'est rajouté. C'est un ancien joueur professionnel en Espagne, au Real Saragosse. Je suis un peu tombée dedans comme ça.

Pourquoi avoir choisi le poste de gardienne de but ?

Quand j'ai commencé à l'OL, je suis rentrée en tant que milieu gauche. Un mercredi, il n'y avait plus qu'une gardienne. Et généralement, c'était le jour des oppositions entre nous. On était obligé d'avoir deux gardiennes. Donc, j'ai levé la main. Après le match, le coach vient vers moi et me demande si je ne veux pas faire ça tout le temps. Et je lui dis alors : "pourquoi pas". C'est comme ça que je suis devenue gardienne de but.

C'était l'année de mes 14 ans. J'ai commencé le foot très tard, à 11 ans. À la base, on n'était pas trop pour que je fasse du foot. Parce que je faisais de la gymnastique et que je me débrouillais. Mais ça ne m'intéressait pas. C'était juste pour me dépenser. J'ai essayé le tennis, la danse... Finalement, lors de mon année de sixième, j'ai vraiment commencé le foot.

À quel moment avez-vous pris conscience que le football serait votre avenir ?

Quand on m'a proposé mon premier contrat, à Lyon. C'était l'année de mes 16/17 ans, l'OL m'a fait une proposition de contrat. C'est à partir de là que je me suis dit que je pouvais, peut-être, en vivre.

"L'histoire de l'OL, c'est dans mes veines."

Pauline Peyraud-Magnin

Formée à Lyon, vous ne parvenez pas à vous imposer avec l'équipe première. En 2014, vous rejoignez Issy, l'AS Saint-Étienne puis l'OM. Vous revenez alors à l'OL, en 2017. Vous attendiez-vous à devenir la numéro un ?

C'est ce qu'on m'avait laissé entendre, quand on me dit que je reviens à Lyon. Je n'ai pas rappelé Lyon. C'est Lyon qui m'a rappelé. Je me suis dit que j'avais bien travaillé pendant ces trois ans. Que peut-être, j'avais une chance d'accéder au statut de numéro 1. Finalement, ce n'est pas ce qu'il s'est passé.

Avec du recul, est-ce un regret d'avoir fait son retour à Lyon ?

Pas du tout. Sur le moment, je suis un peu déçue. Je ne vais pas mentir. Je suis native de Lyon. Mon grand-père était un fervent supporter de l'OL, même lorsqu'il jouait en Ligue 2. L'histoire de l'OL, c'est dans mes veines. C'était une grosse déception, mais c'est la vie.

En 2018, vous décidez de partir à Arsenal. Pourquoi avoir fait le choix de rejoindre les Gunners ?

C'est tout bête. Mon agent m'appelle et me demande si Arsenal me tente. Et je lui réponds que oui. C'était exactement la même chose lors de mon premier départ de Lyon. On me laisse trois possibilités. Soit me battre pour être sur le banc. Mais, ça va à l'encontre de ce que je voulais, puisque je voulais jouer. Soit me battre pour être numéro 1, je savais que je n'avais pas les armes. Soit me faire prêter. J'ai accepté d'être prêtée. Si c'est ça qu'il faut faire pour revenir après, prêtez-moi. La deuxième fois, quand je suis parti à Arsenal, c'était pareil.

Était-ce une bonne décision de rejoindre l'étranger ?

Mon palmarès en dit long, je pense avoir pris les bonnes décisions. Des fois, on réfléchit trop. Souvent, on m'appelait "Tom Sawyer". Je suis restée à Lyon 22 ans de ma vie. Je me suis dit qu'il y avait trop de choses à découvrir. Il y a tellement de choses à voir, tellement de langues à apprendre...

Deux ans plus tard, en 2020, vous décidez de rejoindre l'Atlético de Madrid. Vous remportez notamment la Supercoupe d'Espagne. Pourquoi choisissez-vous de quitter la capitale madrilène après une seule saison ?

Avec l'Atlético de Madrid, c'était compliqué. Il ne faut pas oublier que pendant trois mois, on m'a dit que je ne jouerai plus sans aucun prétexte. Sachant que pendant cinq mois, j'ai fait le job. Si on se rappelle des statistiques, on arrive à la fin du mois de décembre, on est troisième, à un point du deuxième. Sans aucun prétexte, on me met sur le banc. Alors que, depuis le départ, j'ai été là.

À partir de là, je me dis que je ne peux pas rester dans un club où on change de mentalité en claquant des doigts. On ne se cale même pas sur le travail qui a été fait jusqu'à présent. Et au mois de mars/avril, mon agent me propose la Juventus !

D'autant plus que Joe Montemurro, votre ancien entraîneur à Arsenal, débarque à la Juventus. Est-ce un argument qui a joué en faveur de la Juventus ?

Ça a pesé lourd dans la balance. Parce que Joe, je le connais. Il me connaît. On a une connexion. Je n'avais pas encore accepté la Juventus. Le fait qu'il soit arrivé, j'ai accepté.

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Joe Montemurro est l'entraîneur de Pauline Peyraud-Magnin, à la Juventus. / MARCO BERTORELLO/GettyImages

Vous avez joué dans quatre des plus grands championnats européens (France, Angleterre, Espagne, Italie). Quelles sont les différences entre ces différents championnats ?

Le championnat le plus homogène, sans faire de peine à personne et en sachant que je n'ai pas joué en Allemagne, je trouve que c'est l'Angleterre. Quand on m'a proposé d'aller jouer à Arsenal, j'ai regardé les équipes qu'il y avait. Quand tu entends, Manchester City, Chelsea, Tottenham... Ça envoie du lourd ! Puis, les Anglais, ils ont le foot dans le sang. On ne va pas se mentir. En fait, j'ai fait trois championnats où le foot, c'est la vie. En Angleterre, en Espagne, en Italie, le foot, c'est une culture. C'est un peu comme à Marseille. En France, on l'a, mais pas partout. Ce n'est pas pour manquer de respect. Loin de là ! J'y ai vécu, je ne vais pas mentir. Je sais de quoi je parle.

L'Espagne, c'est aussi un très beau championnat. Un très gros championnat, avec beaucoup de matches. La saison passée, on était à 18 équipes. Ils se sont rendu compte que c'était beaucoup, ils se sont remis à 16. En regardant en arrière, j'ai joué le premier Olympico de l'histoire de la France. J'ai joué le premier Classico PSG - OM. J'ai joué le premier Atlético - Real Madrid, quand c'était le vrai nom du Real. J'ai vécu des trucs de fou.

Comment trouvez-vous le niveau du championnat italien ?

Pour la petite histoire, la section féminine de la Juventus n'existe que depuis cinq ans. C'est sur une pente ascendante. La fédération fait énormément aussi. Et elle va faire encore plus pour le championnat. Ce n'était pas un championnat très reconnu jusqu'à présent. Honnêtement, j'y joue aujourd'hui, et c'est vraiment intéressant d'y jouer. On joue contre l'Inter Milan, l'AC Milan, la Fiorentina... Tous les week-ends, c'est compliqué. Il faut se battre sur tous les fronts.

L'année prochaine, le championnat passe professionnel. Ça va prendre une nouvelle ampleur ! Il n'y aura plus cette règle qui contraint les clubs à ne pas avoir beaucoup de joueurs étrangers. Donc là, venez tous et on fait un championnat de fou. En plus, on mange bien (rires).

Désormais à Turin depuis l'été dernier, comment se passe votre nouvelle vie ?

À Turin, je me sens comme chez moi. Quand Joe (Montemurro) m'appelle et qu'il me dit qu'il veut que je vienne, il ajoute qu'il n'y a que trois heures entre Lyon et Turin. Ça faisait quand même un moment que je n'étais pas aussi proche géographiquement de ma famille.

Votre transfert est d'ailleurs le plus élevé de l'histoire pour une gardienne (50 000€). Avez-vous eu l'impression de changer de statut avec ce record ?

Plus vous en parlez, plus j'y pense. On ne s'en rend pas compte, parce que ce n'est pas quelque chose que l'on voit. C'est quelque chose qu'on nous dit. En fait, il y a beaucoup d'attentes derrière ça. C'est vrai que 50 000€, c'est fou. On peut s'acheter plein de trucs. C'est vrai que ça m'a fait prendre conscience de beaucoup plus de choses. Qu'on me faisait confiance. Que c'était une marque de très très grosse confiance que le club a en moi. Donc tu as envie de tout donner.

Surtout que c'est un club qui est particulièrement réputé pour le poste de gardien de but...

C'est clair ! Quand tu arrives à l'Allianz Stadium, tu vois la photo de Gianluigi Buffon. Et là, je me pince et je me dis que je suis bien ici ! Je suis un peu dégoutée qu'il soit parti l'année où j'arrive. Mais bon, je suis certaine qu'on arrivera à se croiser. Il n'y a que les montagnes qui ne se croisent pas (rires).

Comment jugez-vous vos premiers mois avec la Juventus ?

Il y a déjà un trophée (Supercoupe d'Italie, ndlr). Bien évidemment, l'objectif c'est le triplé (Serie A et Coppa, ndlr) et aller le plus loin en Ligue des Champions, c'est indéniable. En plus, c'est ce mois-ci. Le championnat a été relancé parce qu'on a perdu contre Empoli (2-1). On s'est fait avoir. Il y avait beaucoup de fatigue, ces derniers temps. On a quand même six matches par mois, en plus de l'équipe nationale. C'était une petite piqûre de rappel. Mais on est bien en lice pour faire le triplé.

Vous avez la meilleure défense de la Serie A, et de loin ! Est-ce un objectif en tant que gardienne ?

C'est une fierté de se dire qu'on est la meilleure défense ! Même en Ligue des Champions, on n'est pas mal. On a aussi des bonnes milieux et des bonnes attaquantes, parce qu'avec la défense, on peut ne pas prendre de buts. Mais, si on ne marque pas, on ne gagne pas ! Je pense qu'on se complète toutes. On a une envie de se dépasser pour les autres. Ça fait un moment que je n'avais pas retrouvé ça. Ça fait plaisir de voir ça.

"Lyon a beaucoup changé depuis que je suis partie. Mais, moi aussi j'ai beaucoup changé. Que le meilleur gagne !"

Le dernier rempart de la Juventus

La Ligue des Champions féminine a fait peau neuve cette saison. Désormais, il y a une phase de poules en C1. Est-ce que ce format rend la compétition plus attractive ?

Je ne vais pas mentir. C'est trop bien. Il fallait redynamiser tout ça. C'est vraiment super d'avoir changé ça. C'est plus intéressant. On a beaucoup plus de matches internationaux. En plus, on était dans le groupe de la mort. Finalement, on s'en est bien sorti. Sans oublier qu'avant de participer à la phase de poules, on a fait le tour de l'Europe lors des qualifications. Jusqu'à présent, on a quand même joué pas mal de matches.

Cette saison, la Juventus est tombée dans le groupe de la mort, avec Chelsea et le VfL Wolfsburg.

J'avais complètement oublié que c'était le jour du tirage. Mon père m'envoie la photo avec le groupe. Et là, je me dis : "Ah puta***". On tombe contre les vices championnes d'Europe et on tombe contre une équipe qui va souvent en finale. Après, j'ai regardé le match entre Wolfsburg et Bordeaux (score cumulé : 6-5), et je m'étais dit que c'était possible. En plus, ils nous font jouer à l'Allianz Stadium, ça donne une autre dimension tout de suite. C'est incroyable ! Les gens sont venus. Ils nous soutiennent ici.

Vous terminez à égalité de points avec Wolfsburg et Chelsea, mais vous passez au goal-average. Ça reste donc un exploit d'avoir pu se qualifier en quart de finale ?

On y repensant, c'est un peu fou quand même. Chelsea était bien partie. Finalement, je crois qu'on les a déréglées quand on fait le 0-0 chez elle. C'est la première fois, depuis 2018, qu'elles ne marquaient pas à domicile. Et c'était déjà moi dans la cage, avec Joe (Montemurro), du côté d'Arsenal. Après, elles ont eu plus de mal. Ce qui fait que Wolfsburg est repassé devant, au dernier moment au goal-average.

Comment avez-vous d'ailleurs abordé le dernier match de poules, contre le Servette ?

J'ai dit aux filles qu'il fallait en mettre le plus possible, au moins au cas où. Nous derrière, on ferme. Et devant, vous nous faites plaisir. On ne sait jamais parce que c'est Wolfsburg. Elles peuvent avoir, comme on a vu, un élan de rage. Parce qu'elles sont revenues de loin finalement. D'être dos au mur et de revenir, c'est une remontada pour moi.

Désormais, c'est un quart de finale contre l'OL. Un club particulier pour vous. Comment abordez-vous ce match ?

Comme les autres matches. Il n'y a pas de différence. Lyon a beaucoup changé depuis que je suis partie. Mais, moi aussi j'ai beaucoup changé. Que le meilleur gagne ! La saison passée, la Juventus avait buté sur Lyon au premier tour. On a envie de faire mieux que ce qu'elles ont fait l'année dernière.

La finale de cette édition de la C1 est à Turin. Est-ce que ça fait de la Ligue des Champions un objectif pour cette fin de saison ?

C'est dans nos têtes. Pour une fois que je suis dans un club, où la finale est dans ma ville. Sur un malentendu, on ne sait jamais. Le football, on ne sait jamais. On verra ce qu'on fait sur le terrain, pour le quart de finale. Comment tout le monde aborde le match. On a très hâte de le jouer. C'est important pour nous. Il y aura beaucoup de monde à l'Allianz. Après, on verra qui ira en demi.

"La finale à Wembley ? C'est un rêve."

La gardienne des Bleues

Il y a l'Euro qui se joue l'été prochain. Désormais titulaire dans le but des Bleues, attendez-vous avec impatience cette compétition ?

Oui. Tout de suite après la Coupe du Monde 2019. Sans dire que j'allais jouer, parce qu'à ce moment-là, je ne savais pas que j'allais être numéro un. Mais, c'était déjà dans ma tête ! Moi, j'ai une bonne capacité à switcher. Dans le foot, on n'a pas le temps. Une carrière, c'est court. C'est dans un coin dans ma tête, c'était dans un coin de ma tête et aujourd'hui, c'est dans très peu de temps. Maintenant, il y a encore des échéances avant, et notamment ce week-end. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Mais oui, effectivement, on se prépare et on a hâte d'y être.

Vous allez notamment retrouver l'Italie en phase de poules. Est-ce que vous commencez à vous charrier avec vos coéquipières de la Juventus ?

Un petit peu. Ça me fait déjà des propositions : "S'il te plaît, viens on fait 1-1, comme ça on vous laisse partir de votre côté et nous on a part du notre" (rires).

Est-ce que l'Italie peut être l'une des belles surprises de cette édition ?

Ça a déjà été le cas à la Coupe du Monde, non ? Elles ont déjà fait quelque chose de grand. Et il ne faut pas oublier que l'Italie, ça ne fait pas longtemps non plus. Je pense qu'elles peuvent faire quelque chose. Il va falloir être très vigilante par rapport à cette équipe, qui a énormément de talents. Les joueuses se connaissent depuis très très longtemps. Pour certaines, ça fait depuis 15 ans qu'elles jouent ensemble. Elles ont leurs automatismes. Elles sont arrivées en finale de l'Algarve Cup. Elles ne perdent qu'à la séance de tirs au but, contre la Suède, vice championne olympique. De toute façon, il ne faudra prendre aucun match à la légère.

Difficile de citer la nation favorite de cet Euro. Il y a de nombreuses nations qui peuvent prétendre au sacre, à Wembley. Quel est l'objectif des Bleues ?

Il y a du beau monde. Ça va être un très très bel Euro. La finale à Wembley ? C'est un rêve. C'est le rêve. C'est incroyable. L'objectif, c'est la finale quoiqu'il arrive.

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