SM Caen

Entretien : Johann Lepenant, l'Andres Iniesta du SM Caen

Kristen Collie
Apr 16, 2021, 1:41 PM GMT+2
Johann Lepenant est le nouveau grand talent du SM Caen.
Johann Lepenant est le nouveau grand talent du SM Caen. | Matthieu Mriville/Getty Images
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Le comparaison est aussi prématurée que flatteuse. Il y a pourtant du Iniesta dans le style de jeu du prodige caennais. Grand fan du légendaire milieu espagnol, Johann Lepenant ne prétend pas avoir la même carrière, mais prône les même idées de jeu simple. Entretien exclusif avec le milieu de 18 ans, dont les débuts professionnels présagent un avenir scintillant.

Le Stade Malherbe tient sa nouvelle pépite. Après avoir repéré N'Golo Kanté et formé Thomas Lemar, aujourd'hui champions du monde, le club normand voit émerger un nouveau diamant brut.

"Ça fait plaisir de recevoir ce genre de compliments mais il faut prendre du recul et ne pas trop écouter ce qui se dit en dehors des terrains, nuance cependant le talent de 18 ans, avec l'humilité et la maturité qui le caractérisent. Je suis concentré sur ce qu’on me dit à l’entraînement et j’essaie de faire mon chemin."

Johann Lepenant, Neymar Jr
Johann Lepenant en coupe de France face au PSG de Neymar. | Catherine Steenkeste/Getty Images

Un gars du cru

Auteur de ses grands débuts professionnels cette saison - le 12 septembre dernier lors d'une victoire 3-0 face à Rodez - le prodige normand s'impose peu à peu comme un titulaire dans son club formateur (25 matchs, dont 9 titularisations).

"C’est vrai que tout est allé très vite. Mais je me sentais prêt, nous confie-t-il. À l’entraînement en début de saison je faisais tout pour jouer. On peut dire que c’est une récompense de mon travail au quotidien."

"Signer et jouer dans le grand club normand, c’est une immense fierté. "

Johann Lepenant

Normand pur cru, formé à Caen, débuts pros avec la tunique du Stade Malherbe, Johann Lepenant vit actuellement un rêve éveillé :

"Je viens de Granville et j'allais voir les matchs au stade d’Ornano plus jeune. Quand t’es petit tu t’imagines joueur pro au Stade Malherbe, retrace-t-il, non sans émotion. Signer et jouer dans le grand club normand, c’est une immense fierté. "

Lancé par Pascal Dupraz

Cette ascension fulgurante, il l'a doit notamment à Pascal Dupraz, récemment limogé par le SM Caen, mais qui a tout de même eu le temps de polir le diamant Lepenant, mais surtout de le lancer en professionnel :

"C’est lui qui m’a lancé dans le grand bain, je lui en serai toujours reconnaissant, admet le milieu central. Avec moi il était dur, mais chaque conseil était un cadeau pour progresser. J’ai pris beaucoup de maturité et d’expérience à ses côtés".

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Pascal Dupraz est réputé pour son tempérament de feu. | REMY GABALDA/Getty Images

Un message touchant, et une admiration réciproque :

"Jo Lepenant, c’est un bijou celui-ci. Quand vous allez le voir évoluer, vous allez comprendre ce que je dis. Ce sont ces gamins qui me font continuer à apprécier mon métier et aimer le football."

Pascal Dupraz

"Johann a les deux pieds bien ancrés avec cette soif d'apprendre, de continuer à progresser, d'emmagasiner de l'expérience, d'écouter les anciens tout en nous apportant de la simplicité et de la joie de vivre", témoignait Dupraz en début de saison.

L'ode au jeu simple

À l'heure où la majorité des footballeurs en herbe s'inspirent des arabesques de Neymar ou de la soif de buts de Cristiano Ronaldo, Lepenant détonne par son amour du jeu simple et épuré, qu'il tente de retranscrire sur le terrain :

"Je suis un milieu assez technique. Mes deux principales qualités sont la récupération de balle et le jeu simple. J’essaie de jouer le plus juste possible, d’orienter le jeu. L’autre atout est ma détermination, j’aime mouiller le maillot".

Une philosophie qu'il a hérité de ses sources d'inspiration, Andres Iniesta en tête de liste :

"Je me suis beaucoup inspiré de joueurs comme Lampard et surtout Andres Iniesta. Actuellement je prends pour modèle N’Golo Kanté et Kimmich qui m’impressionne au Bayern", souligne-t-il.

"J’aime les joueurs simples et efficaces. "

Johann Lepenant

"Le football est l'un des rares sports où on peut mesurer 1,70 m, faire 60 kg (1,76 m pour 71 kg pour l'intéressé, ndlr) et jouer au haut niveau, précisait avec justesse Pascal Dupraz. Il a cette dextérité dans les pinceaux. Parce qu'il est plus petit, moins costaud, il joue dans l'évitement et devient ingérable athlétiquement pour l'adversaire".

"Quand j’ai fait mes premiers entraînements en pro, j’ai constaté que ça allait plus vite et que je m’épuisais plus rapidement. Physiquement, dans les duels, c’est très différent aussi, admet Lepenant. En U19 tu joues contre des jeunes de ton gabarit, là tu te retrouves contre des gars expérimentés qui sont plus costauds que toi. C’était à moi d’être plus malin et en 2-3 mois j’ai commencé à m’acclimater."

Adoubé de toute part, le Caennais a même reçu les éloges de Benjamin Nivet, illustre ambassadeur français du jeu simple :

"C'est un bon joueur, très technique, avec un gros volume de jeu. Il est très intelligent, a une bonne vision et donne de très bons ballons. Il fluidifie le jeu et joue juste. "

Benjamin Nivet

Au marquage de Neymar

Ses performances et son état d'esprit irréprochable lui ont naturellement ouvert les portes du monde professionnel. Sa première titularisation intervient le 20 janvier, lors d'un match de coupe de France contre Guingamp.

Trois semaines plus tard, le voilà dans le 11 de départ pour affronter l'immense PSG. "T’as les meilleurs joueurs du monde en face de toi et c’était incroyable pour moi d’être titulaire pour ce match. C’est forcément un de mes meilleurs souvenirs", lâche l'international U19 français.

Neymar Jr, Johann Lepenant
Neymar face à Johann Lepenant en Coupe de France. | Catherine Steenkeste/Getty Images

D'autant que lors de cette rencontre, il doit faire face à l'un des adversaires les plus difficiles à marquer :

"En plus, Neymar était de mon côté… donc pendant tout le match j’ai dû me le coltiner. Le premier duel franchement dans ma tête c’était indescriptible. Neymar je le regarde d'habitude sur Youtube ou à la Télé.

"Pour moi, Neymar c’est top 3 des meilleurs joueurs du monde. "

J. L.

On connaît ses qualités, il peut éliminer qui il veut. La première fois qu’il est venu me fixer balle au pied, je ne vais pas vous mentir j’étais méga concentré (rires)".

Martyrisé mais loin d'être ridicule face à la star auriverde, le jeune Normand a ensuite été témoin de la sortie sur blessure polémique du Brésilien, fauché par Steve Yago :

"Forcément on était tous déçus que Neymar se blesse. Après on est sur un terrain. On ne va pas laisser passer les joueurs pour qu’ils te dribblent. On a été dur dans l’engagement, mais on ne peut rien reprocher à Steve".

Un fait de jeu qui a crée un séisme sur les réseaux sociaux, et dont la principale victime fut finalement le bourreau :

"C’est vrai que c’est allé trop loin derrière avec les insultes racistes. Mais Steve est quelqu’un de très intelligent. Il est passé au-dessus de tout ça et s’est excusé auprès de Neymar", précise-t-il.

Fan du FC Barcelone et de l'OM

Tombée l'euphorie de la coupe de France, le SM Caen a retrouvé la dure réalité de la Ligue 2, où les Normands luttent pour le maintien.

"Il faut renouer avec la victoire (7 matchs sans victoire, ndlr) et assurer au plus vite le maintien. C’est mon unique objectif sur cette fin de saison, assure le milieu à vocation défensive. Je veux continuer à jouer et livrer des bonnes performances pour contribuer à ce maintien."

Actuellement 15ème avec seulement cinq points d'avance sur le premier relégable (Guingamp, 31 points), l'issue de cette saison pourrait déterminer l'avenir de la pépite de 18 ans.

"Pour l’instant je ne pense qu’à m’imposer à Caen où je suis en contrat jusqu’en 2023. Je me sens bien ici donc je n’ai pas la tête ailleurs", affirme-t-il.

Un avenir en pointillés, qui pourrait le conduire à un de ses deux clubs de cœur à moyen-long terme :

"J’ai toujours été supporter du Barça. J’aime bien le beau jeu, alors le Barça d’Iniesta c’est mon football. En club français, j’ai toujours suivi Marseille. Depuis tout petit c’est l’OM."

Johann Lepenant

Avant de suivre les traces du magnifique chef d'orchestre espagnol, on attend avec impatience de le voir briller sur les pelouses de Ligue 1... dès la saison prochaine ?

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