Le départ de Nabil Fekir de l'Olympique Lyonnais est une succession de rendez-vous manqués. Si cette fois, l'envol semble inéluctable, il pose de nombreuses questions sur la suite de la carrière de l'international français.


Un dix dans la Plaine


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Fin mars 2014, c'est un week-end de derby pour Nabil Fekir, mais pas celui qui fait lever les foules. Les suiveurs s'entassent derrière la main courante de la Plaine des Jeux de Gerland pour suivre le duel entre l'​Olympique Lyonnais et Lyon Duchère AS, match comptant pour la 23e journée du championnat de France amateur. Le numéro dix lyonnais est aligné d'entrée aux côtés notamment de Mouctar Diakhaby et Aldo Kalulu. Seul, il gagnera cette rencontre en provoquant un penalty dans les dernières minutes. Seul, il rentrera chez lui et suivra le lendemain la défaite de ses copains dans l'élite face à des Stéphanois plus réalistes. 


A l'époque, Tolisso et Lacazette sont déjà dans le onze de départ de Rémi Garde. Nabil Fekir, lui, a encore du mal à trouver sa place puisqu'il ne compte que deux titularisations depuis le début de saison, barré par Lacazette et Gomis en attaque. Le départ de l'ancien Stéphanois au terme de l'exercice lui ouvre les portes du onze et sa saison 2014/2015 est celle de la révélation : 13 buts et 12 passes décisives en 34 matchs de Ligue 1. 


Son duo avec Alexandre Lacazette dans le losange d'Hubert Fournier permet au club de tenir tête au Paris Saint-Germain dans la course au titre. Nabil Fekir brille dans une position de second numéro neuf ou de numéro dix derrière deux attaquants. Rapide, technique, il s'affirme comme un joueur de derniers gestes et participe moins à la construction qu'il ne le fait aujourd'hui. Libre sur le front de l'attaque, capable de déclencher des mouvements dans toutes les zones du terrain, sa mobilité est un calvaire pour les défenseurs adverses. Rien ne semble arrêter le Lyonnais. Il réalise sa prestation individuelle la plus aboutie lors de la saison suivante face à Caen, match précédant sa première titularisation en équipe de France marquée par sa terrible blessure au genou.


Lost Liverpool, recup l'OL


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Qu'aurait été la saison de Nabil Fekir sans ce coup d'arrêt ? Certains évoqueront le karma au moment d'aborder ce drame sportif, en plein débat sur son choix d'évoluer pour les Bleus alors que l'Algérie le convoitait. Les mois passent et l'​Olympique Lyonnais apprend à jouer sans son joyau qui ne retrouvera les terrains qu'en avril, laissant filer l'Euro 2016 alors qu'une place dans le groupe lui était promise. Comment réinventer son jeu après un coup d'arrêt aussi violent, surtout pour un joueur offensif qui misait sur sa capacité d'élimination ? Pour Benjamin Illouz, ostéopathe spécialisé dans le sport, le joueur change forcément : "On va dire qu'il y a au moins 50% de chances de ne plus être le même. Mentalement, tu reviens plus fort mais il faut bénéficier d'un gros staff pour retrouver ton niveau physique. Si tu reçois des coups de jus à chaque crochet, chaque changement de direction, c'est terrible. Les douleurs te rappellent la blessure. C'est très compliqué d'oublier et de ne plus avoir de crainte.


Si sa saison 2016/2017 ressemble à une dernière étape de sa rééducation, Fekir n'oublie pas de rappeler à ses supporters qu'il peut briller dans les grands rendez-vous, pour symbole ce but face à la Roma en Europa League au terme d'une action de soliste. Entre-temps, il a fallu réapprendre à jouer et repasser sur le billard pour "laver" son genou, une opération qui interroge Benjamin Illouz : "L'arthroscopie est la solution de facilité même si elle peut avoir une utilité. Le joueur ressent une gêne, on ne cherche pas à comprendre. On ouvre, on fout un liquide et on attend que cela passe. Parce qu'on est dans un système où le joueur doit être sur les terrains même s'il a mal, sinon il perd de la valeur. Une opération n'est jamais anodine et on ne se pose pas assez de questions. Pourquoi a-t-il mal ? Est-ce que le problème ne vient pas du dos ou de l'ischio par exemple ? Tu fais cela à 35 ans, ok. Mais à son âge, c'est très risqué.


Tant bien que mal, la machine se remet en route et Nabil Fekir prend des responsabilités après les départs de ses amis lyonnais vers ​Barcelone, le Bayern Munich et ​Arsenal. Positionné en numéro dix dans un 4-2-3-1, il est déchargé d'un bon nombre de tâches défensives et explose la colonne statistiques lors de la saison 2017/2018 avec 18 réalisations et 7 passes décisives. La manita infligée à Geoffroy-Guichard le fait entrer dans le panthéon des célébrations de buts et lui permet d'être du voyage en Russie avec l'Équipe de France. Liverpool se manifeste puis se rétracte après la visite médicale, laissant Nabil Fekir traîner sa peine une saison supplémentaire entre Rhône et Saône.


Renaître derrière les Pyrénées


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Aujourd'hui, son départ ne fait plus aucun doute et les Gones sont prêts à le lâcher à moindre prix, même si Sylvinho et Juninho ont récemment vanté ses qualités. Alors que les Reds étaient disposés à débourser autour de 70M€ l'été dernier, le ​transfert vers l'Espagne devrait s'effectuer à l'intersaison pour une somme ne dépassant pas 30M€. Conséquence de ses problèmes physiques passés probablement, de la proximité de la fin de son contrat certainement mais aussi de la spécificité de son jeu. Même s'il est capable d'être un joueur d'exception, quel grand club accepterait de placer Nabil Fekir au cœur de son système ? Est-il capable de faire évoluer son jeu ? 


Christophe Kuchly, journaliste et analyste tactique, émet quelques doutes même s'il considère que le Lyonnais ferait le bon choix en se dirigeant vers l'Espagne : "Je pense qu'il est plus adapté à la Liga car la construction des actions est plus lente. Il est beaucoup plus dur d'imaginer un dix reculer en huit en ​Premier League parce qu'il fera face à des joueurs du profil de Moussa Sissoko qui ont une grande dimension physique à l'impact et dans l'endurance. Cela peut fonctionner dans une équipe très dominante, comme David Silva à City, mais Fekir n'a actuellement pas le niveau pour compenser par une technique parfaite un abattage moindre.


Si l'intérêt du Betis Séville est réel, cela ressemble à une bonne porte de sortie pour un joueur qui a besoin de temps pour se réinventer et aborder la seconde partie de sa carrière avec optimisme. S'il veut continuer à rêver aux grands clubs, il devra néanmoins revoir son positionnement, ce que préconise Christophe Kuchly : "Fekir semble être un produit fini et ce qu'il montre depuis sa blessure laisse sceptique sur sa faculté à aller plus haut. Vu les profils tactiques au plus haut niveau, il faudrait soit qu'il se fixe en neuf et demi dans une équipe à deux attaquants, soit qu'il descende d'un cran sur le terrain." 


Loin de chez lui, Nabil Fekir n'a désormais plus qu'à écrire une nouvelle histoire. Si les départs d'Umtiti, Tolisso et Lacazette ont pu laisser un goût d'inachevé à Lyon, celui du petit génie de Vaulx-en-Velin doit s'opérer pour son bien-être sportif. Et permettre à ​l'OL de réagir rapidement pour finaliser un mercato bien entamé.