"À l'aube de l'an 2020, pour les jeunes c'est plus le même deal", dirait Kool Shen. Les réseaux sociaux font désormais partie intégrante de la société moderne. Il est primordial pour les footballeurs de savoir les utiliser.


Les footeux n'ont rien dans la caboche, parait-il. Difficile de tordre le cou à cette idée reçue lorsque Serge Aurier insulte Laurent Blanc de "fiotte" sur Périscope, lorsque Joey Barton invite Pierre Ménès sur Twitter à "rester tranquille et essayer une salade", ou quand Adil Rami rappelle à un supporter des Bleus d'"d'embrasser ta p… de mère de ma part, je dois sûrement lui manquer." Il y a des débordements qui ne longent pas la ligne de touche.

"P*ta Cataluña"


Il y a deux ans, Sergi Guardiola – rien à voir avec Pep – signait avec la réserve du FC Barcelone. Son contrat n'a pas tenu 24 heures. Des tweets datant que quelques mois ont rapidement été déterrés. "Je ne voudrais pas de Messi dans mon équipe, il détruit le jeu de l'équipe", avait publié l'ancien d'Alcorcon, club de la banlieue de Madrid, après avoir clamé son amour pour le Real. Des propos qui n'aident pas à s'intégrer, certes, mais qui auraient pu être balayés sous le tapis en échange de quelques excuses et d'une attitude exemplaire. Mais l'attaquant espagnol avait également trouvé bon d'insulter la Catalogne. Le tweet, qui disait "P*ta Cataluña", était le sceau qui faisait déborder le vase. Dans la soirée, le contrat a été rompu et Sergi Guardiola s'est retrouvé sans club.


Twitter, le traquenard


L'application Périscope étant passée de mode, c'est sur Twitter, Facebook et Instagram que les joueurs sont les plus actifs. Selon David Fayon, auteur du livre Facebook, Twitter et les autres..., l'oiseau bleu représente la plateforme la plus dangereuse pour la carrière d'un footballeur. "À cause du principe du retweet, on a une viralité qui est plus rapide. S'il y a un bad buzz, tout se propage plus vite", explique le spécialiste. "La communication n'est plus quelque chose d'accessoire", ajoute Khaled Karouri, co-fondateur de l'agence STO qui s'occupe des réseaux sociaux de Lucas Tousart, Youssef Aït Bennasser et Dimitri Foulquier - "des joueurs assez discrets sur tout ce qui est vie privé, signes ostentatoires, etc." D'après lui, les sportifs doivent voir les community managers comme un investissement. "Plus tu étires ton nombre de followers, tu donnes une bonne image, tu es sympathique aux yeux du grand public, plus les annonceurs vont avoir tendance à venir vers toi", assure-t-il. Autrement dit : une image maîtrisée = de meilleurs contrats de sponsoring.

Nike ta com'


"L'idée n'est pas de travestir l'identité du joueur, poursuit Karouri, mais de le conseiller." Par exemple, samedi 2 décembre, le jeune Myziane Maolida (18 ans), espoir du centre de formation de l'OL, est entré en jeu à Caen avec une attitude nonchalante et s'est fait reprendre par son coach, Bruno Genesio. La très présente twittosphère lyonnaise a démarré au quart de tour. "J'ai vu qu'il a posté un grand photo-montage, fond rouge, gros logo Nike, dès le lendemain. Ça, par exemple, je lui aurais clairement déconseillé, affirme Karouri. Tu sors d'un match où tu t'es bien fait bousculer par ton coach, la presse en a parlé, ce n'est pas le moment de faire le malin à mettre ce genre de choses. Je lui aurais suggéré de faire profil bas." David Fayon, lui, compte trois solutions face à l'acharnement des twittos : "Soit on ignore, soit on répond par soi-même, son manager ou son chargé de com', soit on a une communauté de fans qui va prendre notre défense."