​Pierre Rondeau, consultant en économie pour RMC Sport, est revenu sur le contexte actuel avant d'aborder la morale au sein de l'économie.


En conséquence à la pandémie du coronavirus Covid-19, les clubs européens tirent la sonnette d'alarme face au manque à gagner en invitant les principaux acteurs à contribuer aux pertes liées à l'arrêt de toute activité footballistique. 


Le contexte 


Selon une étude réalisée par le cabinet d'audit KPMG, les pertes liées à l'arrêt du football sont estimées entre 500 et 600 millions d'euros en France et plus d'1 milliard en Angleterre. Face à l'impossibilité d'enregistrer des recettes lors des prochaines semaines, l'Association européenne des clubs envisage une visioconférence pour débattre de la possibilité de réduire le salaire des joueurs. 

Si aujourd'hui, plusieurs structures professionnelles invitent les footballeurs à consentir à un effort financier à l'image du Bayern Munich où les joueurs ont accepté une baisse de 20% de leurs émoluments, la problématique pose aujourd'hui un problème d'ordre moral. 


La moralité face à l'économie de marché


Si la question revient inlassablement sur la table ces derniers temps, c'est en partie due à la crise du coronavirus Covid-19 qui soulève plusieurs interrogations sur les revenus des sportifs souvent considérés comme excessifs. 


Pierre Rondeau, consultant en économie pour RMC Sport apporte un éclairage censé sur la logique infaillible de l'économie de marché alors que certains acteurs demandent une prise de conscience collective. 


"Pourquoi devrions-nous "profiter" de la crise pour "une prise de conscience collective" ? Si les footballeurs sont très bien payés, c'est qu'ils rapportent beaucoup, c'est que le football est très populaire et génère beaucoup d'activités économiques. Pourquoi devrait-il y avoir une prise de conscience sur les salaires ? S'ils sont si bien payés, c'est qu'ils le méritent".


Une logique implacable qui est définie par la théorie de Karl Marx. 


"Si des millions de Français acceptent de payer des abonnements télé, de suivre leur équipe préférée ou de consommer du foot, il est normal que ces footballeurs, les seuls artisans de cette activité, soient justement rémunérés à la hauteur de leur tâche. Comme pourrait le dire Karl Marx, il n'y a pas de spoliation de la force de travail. Au contraire, elle est justement rémunérée."


La recrudescence des salaires ces dernières années a conduit plusieurs acteurs du monde du football a soulevé un problème éthique. Pour autant, Pierre Rondeau différencie la morale de l'économie.


"Arrêtons de faire de la morale quand on parle d'économie. L'économie n'est pas une science morale, la morale se préoccupe de ce qui devrait être, l'économie de ce qui est (...) Rajoutons même qu'en France, il existe depuis plus de 30 ans la DNCG, et depuis 2011, à l'échelle européenne, le fair-play financier, outils de contrôle comptable qui empêchent l'endettement dans le football. Les joueurs sont bien payés parce qu'ils rapportent de l'argent, la dette sportive se réduit et reste faible en France."


Si les concertations n'ont pas encore eu lieu à l'UEFA, la proposition de baisser les salaires est une "question fallacieuse". 


"Ne soyons pas hypocrites, pujadistes ou populistes en accusant les footballeurs et en profitant de la crise pour exiger une baisse des salaires. Ces derniers sont forts parce que c'est une simple réponse du marché. Quand les footballeurs payent plus de 300 millions d'euros d'impôts et de cotisations sociales, on ne dit rien mais quand la crise survient, on leur demanderait de baisser les salaires ? La question est quelque peu fallacieuse."


Quelle suite à donner après la crise ? 


Si les choses devraient rentrer dans l'ordre au sortir de la crise, les clubs de foot doivent-ils poursuivre leur politique salariale ?


"De même, quand la crise du Covid-19 sera arrêtée, quand les milliards de fans de foot à travers le globe se remettront à payer pour ce sport, on dira quoi ? Où ira l'argent si ce n'est dans la poche des principaux acteurs ? Il faut arrêter l'hypocrisie du footballeur trop bien payé. D'abord, les millionnaires ne sont qu'une infime minorité puis ils participent grandement au financement de l'Etat-providence, via la fiscalité, et leurs rémunérations respectent la stricte logique économique voulue par la majorité."


Aujourd'hui, plusieurs clubs sont impactés par la crise et pourraient déclarer faillite dans les prochains mois. Personne ne semble épargné par le contexte actuel à l'image du FC Barcelone qui demande aux joueurs de réduire leurs salaires alors que 70% du budget est consacré à l'effectif. 


Récemment, Manchester City a fait les frais d'une mauvaise gestion financière en étant sanctionné par le fair-play financier. Tout comme l'Olympique de Marseille qui est surveillé de près par la Confédération européenne. Alors, pour remédier à ces problèmes de trésorerie, Pierre Rondeau évoque une solution mais à l'échelle globale. 


"Ou alors on change de paradigme et on l'applique à l'ensemble des acteurs et à l'ensemble des secteurs de l'économie. On plafonne les salaires même parmi les dirigeants du CAC40 et des grandes sociétés, on planifie et on régule l'économie dans son ensemble. Je ne vois pas pourquoi le football devrait être vu en dehors du système, il en fait partie de manière totale et absolue."