​Victime de cris racistes sur la pelouse du Vitoria Guimaraes après avoir inscrit le but de la victoire, dimanche, au sein du championnat portugais, Moussa Marega, excédé par l'attitude des supporters, a quitté le terrain. Un phénomène récurrent dans le monde du football qui doit cesser au plus vite.


Le cas Marega

Dimanche 16 février, 21ème journée du championnat ​du Portugal. le FC Porto se déplace sur la pelouse du Vitoria Guimaraes avec, à la pointe de l'attaque, ​Moussa Marega, ancien joueur de Guimaraes entre 2016 et 2017. Bien avant le début de la rencontre, l'international malien est pris pour cible par des supporters de l'équipe locale selon des déclarations de son entraîneur, Sergio Conceiçao. 

Pendant le match, le joueur de 28 ans est conspué puis insulté avant de délivrer les siens à la 60ème minute. L'attaquant célèbre alors son but avec un "siège" du stade lancé par des pseudo-fans. Sanctionné d'un carton jaune dans la foulée, distribué par l'arbitre principal, qui estime que le joueur a provoqué les supporters adverses, Moussa Marega, excédé par les cris de singes qu'il a entendus, décide de quitter le terrain dix minutes plus tard, malgré l'intervention de plusieurs joueurs qui tentent de le dissuader. Un constat alarmant qui met en relief les diverses problématiques liées à ce sujet. 


Ce que dit le règlement de l'UEFA

L'article 14 du règlement disciplinaire de l'UEFA énonce que "toute personne soumise au présent règlement en vertu de l'article 3 qui porte atteinte à la dignité d'une personne ou d'un groupe de personnes pour quelque motif que ce soit, notamment sa couleur de peau, sa race, sa religion, son origine ethnique, son sexe ou son orientation sexuelle, sera passible d'une suspension d'au moins dix matchs ou pour une durée déterminée, ou de toute autre sanction appropriée."

Le point 2 relatif "à l'association membre ou le club dont un ou plusieurs supporter(s) se comporte(nt) de la manière décrite à l'alinéa 1er sera passible au minimum d'une fermeture partielle du stade", apporte un éclairage plus approfondi sur les sanctions encourues par le club. 


Pourquoi l'UEFA reste inactive ? 

Est-ce un conflit d'intérêts ? Un enjeu financier de taille ? Ou tout simplement un attentisme déconcertant ? Aucune de ces interrogations ne viendra apporter des éléments de réponse aux joueurs victimes de discrimination raciale sur un terrain. 


Dans les faits, il apparaît difficile d'identifier un ou plusieurs individus malgré la présence, aujourd'hui, de dispositifs de vidéosurveillance sophistiqués. Souvent groupés, les cris de singes sont l'œuvre d'un groupe d'individus et non à une personne isolée, rendant l'identification encore plus compliquée. 

En revanche, dans certains clubs, à l'image de la Lazio de Rome, les dirigeants préfèrent fermer les yeux au risque de se mettre à dos une partie des supporters laziales, souvent solidaires dans cette configuration.


Alors, comment remédier convenablement à ce fléau qui gangrène le football ? 90min vous propose cinq solutions pour le moins radicales. 


1. Délocaliser la rencontre sur un terrain neutre

Si cette première alternative n'exclut pas le déplacement de certains fauteurs de troubles, elle permet en revanche de limiter le risque de débordements. Une telle mesure contraindrait à la fois les supporters dans un souci de logistique mais également le club concerné qui se verra privé d'une partie de sa billetterie. 


2. Match à huis-clos total

Disposition 3 de l'article 14 du règlement disciplinaire de l'UEFA : "une seconde infraction est sanctionnée par un match à huis-clos." L'instance européenne attend par conséquence la récidive d'un "agissement similaire" pour prendre des décisions radicales dont le sursis est principalement levé à l'issue d'une période de deux ans. 

Pour remédier à ce problème récurrent dans les stades de foot, une modification du règlement doit être opérée au plus vite par le Comité exécutif qui approuve chaque année une nouvelle version. Le huis-clos total doit désormais être prononcé à chaque acte raciste. 


3. Des amendes exemplaires 

Dans une situation de récidive, le club concerné se verra "sanctionner d'une amende de 50 000 euros". Difficile de se montrer convaincant avec un montant aussi dérisoire, notamment face à des formations qui brassent des millions à l'année. 

Pour obtenir l'exemplarité, l'amende doit aller en ce sens. 


4. La formation des arbitres 

Si les circonstances l'exigent, "l'instance disciplinaire compétente peut imposer des mesures disciplinaires supplémentaires à l'association membre ou au club responsable, telles que l'obligation de jouer un ou plusieurs matchs à huit-clos, la fermeture du stade, une défaite par forfait, la déduction de points et/ou la disqualification de la compétition. Si le match est suspendu par l'arbitre en raison de comportements racistes et/ou discriminatoires, une défaite par forfait peut-être prononcée."


À première vue, l'instance européenne a prévu tout un catalogue de sanctions, sans pour autant que celles-ci soient réellement mises en vigueur dans un cadre bien défini pour les arbitres. Si la règle est évidemment connue de tous, comment un officiel est-il réellement préparé à ce type de violence verbale ? Quelles sont les consignes qui lui sont confiées pour gérer au mieux une situation de crise ? Peut-il réellement prendre la décision d'arrêter une rencontre sur la bonne parole d'un joueur de foot ? 

Toutes ces interrogations doivent être prises rapidement en compte pour former au mieux le corps arbitral, et le préparer dans une mission qui peut s'annoncer toute aussi périlleuse pour la suite de sa carrière. 


5. Interdiction de stade à vie 

Tout en se portant partie civile dans le cadre d'un dépôt de plainte, le club doit avoir aujourd'hui la possibilité d'interdire librement l'accès à un stade, à un individu, sans passer par une décision de justice qui sera prononcée sur le fondement de l'article 42-11 de la loi relative à la sécurité dans les manifestations sportives et qui prévoit "une interdiction de pénétrer dans une ou plusieurs enceintes où se déroule une manifestation sportive pour une durée qui ne peut excéder cinq ans."

L'heure est donc au changement et comme le dit si bien le slogan : "blanc sans n, ça fait blac ! Comme quoi sans haine, on est tous égaux."