Luis Fernandez est une légende du football Français. Joueur, entraîneur, dirigeant et consultant, il a connu tous les rôles que le monde du foot peut offrir et avec quels succès ! Titulaire du fameux carré magique aux côtés de Platini, Giresse et Tigana, vainqueur de l'Euro 84, il est le capitaine qui mène le PSG au premier titre de champion de France de son histoire en 1986. Il marquera à nouveau la légende de son club formateur en 1994 en tant qu'entraineur en le menant au seul titre européen de son histoire, la regrettée Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupes (C2). Il est d'ailleurs l'unique coach Français à avoir gagné une Coupe Européenne à la tête d'un club français. 


Son nom est très respecté également en Espagne où il réalise de belles performances à la tête de l'Athletic Bilbao ou encore de l'Espanyol Barcelone. Après de nombreuses années à analyser le football pour RMC et BeIN Sport, il revient vers son club de toujours le Paris Saint-Germain en 2017 en tant que Directeur Sportif du centre de formation. 


Fidèle à sa réputation, le technicien s'est livré longuement pour 90min, évoquant des sujets qu'il maitrise à la perfection : Le football français, la formation et le PSG. Voici cet entretien dans son intégralité.



90min : Luis, vous avez touché à beaucoup de postes dans le milieu du football (entraîneur, consultant, directeur sportif du centre de formation du ​PSG), dans quel rôle vous voyez vous dans un avenir proche et où ? On parle beaucoup de vous en Espagne ?


Luis Fernandez: J’aimerais réintégrer une structure sportive. J’ai goûté au PSG, j’ai été dirigeant au Camp des Loges, avec les jeunes avec qui j’ai pu travailler, partager, être présent et échanger avec eux ou leurs parents. Ça m’a redonné l’envie de regoûter au terrain après un long passage médiatique chez BeIN, RMC. Beaucoup de gens me voyaient davantage dans la peau d’un consultant que sur le terrain. 


Pour l heure je suis très bien dans les médias. Mais en même temps je suis un amoureux du foot et si demain une occasion se présentait à moi pour me rapprocher des terrains je ferai en sorte de l'étudier. J'ai passé des moments merveilleux en Espagne mais pour l'instant rien de concret, mais mon ADN c'est le terrain. 


J’ai eu l’aventure africaine avec la Guinée durant huit mois, je voulais entraîner une équipe africaine, j’ai eu cette opportunité, mais le président étant parti, je suis parti avec lui. Aujourd’hui, je veux tenter un come-back, montrer que j’ai toujours la motivation, l’envie, la passion. J’aime le football. C’est grâce au football que j’ai été international, entraîneur. Il y a plus de reconnaissance en Espagne. En France, les présidents veulent imposer leurs volontés sans que l’entraîneur ait un pouvoir de décision. En Espagne, des gens veulent me revoir, mais la concurrence est plus forte que dans le passé.


90min : Commet expliquez-vous que le PSG ait autant de mal à garder les bons joueurs qu’il forme ?


LF : Quand on m’a fait revenir au PSG, c’était justement pour empêcher que ces jeunes partent. Leur vendre un projet sportif c'est ça le plus important. Il n'y a plus de véritable politique de formation, c’est-à-dire mettre en place des structures, donner de la motivation, surclasser les jeunes, anticiper, ne pas attendre le dernier moment et voir partir des Coman, Ballo-Touré ou encore Soumaré. Il y en a eu beaucoup. 


Les jeunes, il faut leur donner la perspective d’atteindre l’équipe première, s’entraîner avec elle, qu’ils sentent qu’on a confiance en eux et dans le passé, ils n’ont pas senti ça.


Pour en avoir parlé avec des dirigeants du monde du football, il faut qu’il y ait des réglementations salariales, car il y a des abus. Il faut se calmer, freiner un peu tout cela. Quand on va trop loin, on finit par le payer. Il faut donner d’autres ingrédients aux jeunes. Les salaires de certains dépassent la logique. À 15-16 ans, avoir un gros salaire, c’est dangereux. Je n’ai pas eu l’occasion de mettre les yeux là-dedans, mais je l’ai dénoncé.


90min : Vous pensez que cet échec relatif du centre de formation du PSG à garder ses talents peut-être lié à la gestion d’Antero Henrique notamment ?


LF : Antero est arrivé en 2017, il y a aussi eu Leonardo et Letang avant lui. C’est dès le début qu’il aurait fallu mettre une structure en place dans laquelle chaque directeur sportif connaît le fonctionnement de la cellule de recrutement au niveau local, national, international. Aujourd’hui, on travaille avec la vidéo ou beaucoup d’outils technologiques. La formation doit être regardée de plus près, on doit faire des valorisations. 


Dans le club, des Espagnols voulaient mettre en place une méthodologie. Les jeunes, ça se gère week-end après week-end, avec les parents. La scolarité est primordiale pour moi. Les jeunes doivent pouvoir se sentir bien dans leurs études et donc sur le terrain, être libérés. Si ce n'est pas le football, ce sera autre chose. Grâce à la scolarité, ils pourront partir dans une autre voie. Quand tu fais une bonne formation tu n’es jamais condamné. Ça te permet de te forger un caractère, des qualités mentales, techniques, athlétiques. Au PSG, on a fait des réunions et certaines personnes dont Antero me disaient "Celui-là c’est niveau 2, niveau 3" et moi, je ne comprenais pas. Ces personnes n’allaient pas sur le terrain pour les regarder de plus près.


90min: Est-ce qu’il y a des joueurs issus de la formation parisienne que vous voyez éclore à court ou moyen terme, au PSG ou ailleurs ?


LF : Certains sont partis déjà, Zagre, Nsoki à Nice, Diaby est parti en Allemagne. Aujourd’hui c’est compliqué pour les jeunes issus de la formation au PSG. Le club a envoyé un message fort : on vous vend, on se débarrasse de vous. Tu enlèves la N2 (équipe réserve), alors qu’elle aurait pu aider à voir les capacités de certains jeunes.


90min: Sur l’équipe première du PSG, j’aimerais avoir votre avis sur certains hommes du dispositif parisien actuel. Je vais commencer par un ancien, Thiago Motta, qui a trouvé un club récemment. Je sais que vous l’appréciez.


LF : J’adore.


90min : J’aurais une double question le concernant : est-ce que vous le voyez réussir au Genoa et revenir un jour en tant qu’entraîneur de l’équipe première du PSG, un souhait qu’il a exprimé ?


LF : Il a aimé le PSG. Il y a joué pas mal de temps avec un état d’esprit remarquable, c’est un professionnel hors normes à l’état d’esprit exemplaire. Je l’ai vu travaillé avec les jeunes l’année dernière et j’ai beaucoup aimé. Tu sentais que les jeunes adoraient Thiago. Ils voulaient montrer qu’ils étaient capables, il a été hyper efficace. J’ai vu ses séances, elles m’ont plu, c’était intéressant, la méthode, le style, le jeu.


90min : Il a une méthode proche d’un autre entraîneur que vous avez connu ?


LF : Dans football d'aujourd’hui, la seule chose qui n’a pas changé, c’est le rectangle vert, ses dimensions sont toujours les mêmes. Par contre les staffs se sont étoffés : médical, technique, la vidéo, les masseurs, les docteurs, c’est trop. Il y a trop de monde. Ça gêne plus qu’autre chose : je veux bien qu’on intègre des choses pour la performance, un préparateur pour les blessés, pour les gardiens, mais sinon ça déstabilise.


J’ai eu l’occasion d’aller à ​Ci​ty, c’est un staff uniquement espagnol, mais restreint. Guardiola Arteta, un docteur que j’ai connu à l’Espanyol Barcelone. À Tottenham, ils sont quatre avec Mauricio, des Espagnols. Au PSG, il y a toujours un besoin de paraître, de vouloir briller. Thiago Motta, j’ai toujours aimé ce joueur au ​Barca, à l’​Inter et aujourd’hui avec les jeunes c’était remarquable. Il s’est lui aussi exprimé là-dessus et il a montré qu’il n’était pas content. Ce que j’ai vu, il l’avait aussi détecté. Je suis tranquille de ce côté-là.


90min: Au niveau du coach actuel, vous êtes parfois critique avec Tuchel, pensez-vous que ce soit l’homme de la situation ?


LF: C’est pas que je suis critique, non. Quand tu es consultant, ce n’est pas parce que tu as été joueur et entraîneur du PSG que tu ne vas faire que des compliments au PSG. Quand je suis consultant, j’ai vingt clubs de Ligue 1 et moi je ne cherche pas le buzz, je ne cherche pas à dire du mal des gens, à être méchant, ce n’est pas Luis, je ne l’ai jamais été et je ne vais pas le devenir. Mais quand tu regardes les équipes, tu essayes d’avoir une analyse sur les uns et les autres et reconnaître que Dijon, Amiens ou Brest sont des équipes qui pratiquent un beau football. Elles pratiquent un beau football et on ne parle jamais d’elles. Alors on va parler de Paris, de​ Marseille, alors que le foot, ce n’est pas que Paris et Marseille.


90min: Ah non, moi je suis supporter du Stade Rennais !


LF : Voilà, la Bretagne c’est Guingamp qui est descendu, Brest qui est monté, moi j’intègre tout ça dans mon regard de consultant. À Rennes, j’aime bien le petit Julien Stephan qui est dans une situation difficile, mais ses joueurs ne l’abandonnent pas. 


90min : Après, le public a montré son soutien malgré des défaites en Europa League, c’était impressionnant.


LF : Parce qu’ils sentaient que les garçons ne lâchaient pas, qu’ils n’abandonnent pas leur entraîneur, qu’ils sont contents de lui, donc il va être jugé sur un résultat. Vous, Rennais, vous avez gagné une coupe contre le PSG, vous avez fait un beau parcours en C3, je leur dis vous devriez être fier de ces garçons. Ils peuvent faire des erreurs, ne pas avoir gardé des joueurs comme Mexer, André, un peu comme Strasbourg, il y a des changements. Le problème aujourd’hui, c’est qu’on a un championnat où il y a un club sans opposition, à part avec Rennes ! C’est pour ça que Tuchel…


90min : Après, ce n’est pas forcément une critique envers lui, mais pensez-vous que c’est l’homme qu’il faut au PSG ?


LF : L’année dernière, il n’a pas fait une grande saison. Il y a juste le titre de champion.


90min: Après, n’importe qui l’aurait gagné…


LF : Il ne faut pas croire que c’est si facile, il y a la gestion des egos et c’est plus compliqué à Paris qu’à Rennes ! À Paris, il y a Mbappé, Cavani, Neymar, Thiago Silva, Marquinhos, Verratti. Il y a des egos là-dedans. Que des internationaux. Il faut savoir les gérer, s’en occuper. La saison dernière, il y a l’accident de parcours avec ​Manchester, et les défaites en coupes : c’est peut-être la plus mauvaise année sous l’ère qatarie.


Cette année, ils se sont donné les moyens. Ils ont un discours calme : on se tait, on va travailler. Mais tu sais, le championnat français n’est pas le championnat idéal au niveau de l’intensité pour une équipe comme le PSG. Tu as l’effectif pour, mais il y a encore des garçons qui se blessent facilement. Moi en tant qu’entraîneur, avec un préparateur, je pense qu’on doit établir une feuille de route avec une préparation d’avant-saison. Mais le problème, c’est que ton championnat ne te permet pas d’être au top. Tu survoles et quand tu survoles, tu as un relâchement, dans ta gestion de tous les jours, ta préparation.


Prenons l’exemple des Anglais : l’année dernière, c’est quatre clubs qui jouent les finales de C1 et C3. Quand tu vois l’intensité des matchs durant la saison, tu te dis : dans un championnat comme ça, tu es mieux préparé. À Paris, il y a des hauts, des bas, des joueurs qui se blessent comme Mbappé, et ils ne sont pas contents. J’ai toujours prôné qu’un joueur blessé doit rentrer en cours de match, quand tes adversaires sont fatigués pour bien finir le match.


J’ai un exemple : avec Youri Djorkaeff, on a joué une demie finale de coupe d’Europe à la Corogne. La veille du match, les gens disaient "Youri il est au top, c’est le meilleur". J’ai dit " OK, pas de problème" et je l’ai mis sur le banc, car il revenait de blessure. Quand il est entré en deuxième mi-temps, il m’a marqué le but. Vous vouliez qu’il débute et plonge au bout de soixante minutes, après son arrêt d’un ou deux mois ? Quand il est entré, il se sentait bien, il a marqué et Mbappé, c’est pareil. Mais ​Kylian, dans ses déclarations, il faut faire attention, même s'il faut saluer cette ambition et ce caractère de chaque instant dont il fait preuve. 


Pour en revenir à l’entraîneur, il a sa part de responsabilité. L’année dernière, ce qu’il faisait avec les jeunes au début, ça m’a plu. Après, dernièrement, je n’étais pas très content quand j’ai vu jouer Mbe Soh arrière droit, quand j’ai vu Zagre partir. Mbe Soh ne sera jamais un arrière droit. Zagre, ils l’ont fait jouer à un autre poste. Tuchel aime beaucoup le côté affectif, la séduction, ce côté-là, mais en tant qu’entraîneur du PSG, tu as un devoir qui est d’aller chercher le maximum. Et c’est la C1 qui est prioritaire.


90min : Vous voyez ça comment cette année ?


LF : L’effectif est encore plus fort que les années précédentes. Ils ont pris Icardi, il y a Cavani, Neymar, Mbappé, Di Maria, Gueye, Herrera, Paredes, Navas, je sais pas, si on me dit qu’avec ça on ne peut pas gagner la Ligue des Champions, il faut qu’on me trouve les raisons. 


90min: Au vu des saisons précédentes, s’ils crient sur tous les toits qu’ils sont candidats à une victoire finale…


LF : Ce n'est pas qu’ils sont candidats, c’est que chaque club a le droit d’émettre des ambitions.


90min: Et pour vous le PSG doit gagner la C1 ?


LF : Aujourd’hui, si tu me dis qu’il leur manquait des joueurs au milieu de terrain, il a été renforcé et on a rajouté Marquinhos. Avec Marquinhos, Verratti, Paredes, Gueye et Herrera, je sais pas, pour moi il y a de la complémentarité, on peut faire tourner. Offensivement il y a Draxler, Di Maria Mbappé, Cavani, Icardi. Derrière, ils ont pris Diallo, il y a Kimpembe, Thiago Silva, Meunier, Dagba, Kehrer, il y a du beau monde quand même. Tous les postes sont doublés ou triplés. Ils ont l’équipe pour aller chercher cette LDC. Moi, j’ai fait une demie de LDC, eux ne l’ont pas encore atteint.


90min: Justement, vous êtes à ce jour le seul entraîneur français à avoir remporté une Coupe d’Europe avec un club français, qui voyez-vous vous succéder dans le futur ?


LF : J’espère qu’il y en aura un, qu’il se dépêche hein !


90min : Ça commence à être long là, plus de vingt ans…


LF : Je ne sais pas, Rudi Garcia est encore là avec ​Lyon, il y a Julien Stephan, mais c’est mal embringué.


90min : Pas tout de suite donc ?


LF : On pensait que Garcia pouvait le faire avec l’OM il y a deux ans face à l’Atletico et ça ne s’est pas fait. Un titre, c’est toujours une joie, un souvenir magnifique. Mais j’aimerais bien qu’il y en ait un qui arrive et qui passe derrière.


90min : Votre avis, qui va je l’imagine être pessimiste, sur le devenir des clubs français cette année en coupe d’Europe ? Lyon, Rennes, Saint-Étienne ?


LF : On est au niveau de notre championnat. Je regarde ce qui se fait à côté. Il y a quelques années on parlait de la formation française, on la mettait en avant, c’était la meilleure. OK. Pendant ce temps-là, au lieu de continuer à former, on en a eu quelques-uns avec un bon ou un mauvais état d’esprit. Certaines générations sont un peu turbulentes, comme en Afrique du Sud en 2010. On a peut-être pas fait ce qu’il fallait pour recadrer ou encadrer. Quand je regarde les pays à nos côtés : les Italiens ont plongé mais commencent à revenir un peu, je regarde les Allemands, je regarde les stades, les ambiances, le football, c’est du football avec du rythme, de l’engagement, ça va, ça vient. Ensuite, je regarde les Espagnols, Real, Barca, Atletico, tu as des équipes qui ont gagné des C1. Je regarde l’Angleterre, quatre clubs l’an passé en finale.


90min : On est à notre place finalement, il n’y a pas de surprise ?


LF : Comment on en est arrivé là ? Si tu prends chaque pays, en Allemagne, je ne connais pas trop les présidents, en Espagne Florentino, mais les autres… il y a une culture. On a pas de culture nous. En Espagne, j’ai travaillé à Bilbao, à l’Espanyol, au Betis, dans ces clubs-là il y a une culture. Hier, le Celtic qui jouait à domicile, quand tu entends ces chants avant un match, il y a une union d’un stade avec une équipe. À Bilbao, je n’ai jamais vu mon président venir au centre d’entraînement avant un match et me demander "quelle équipe tu mets, pourquoi tu n’as pas fait jouer untel ou untel ?". Il m’a laissé tranquille. Avec mon adjoint, mon staff, on a mis des choses en place. La première année, on a fini sixièmes dans un championnat de vingt-deux clubs, la saison suivante deuxièmes entre le ​Real et le Barca. Le président m’a donné la motivation, la tranquillité pour pouvoir œuvrer, m’exprimer avec mes joueurs. J’ai réuni un cadre de vie, un cadre collectif et j’ai trouvé des joueurs exceptionnels. À l’Espanyol, on allait descendre et on s’est sauvé, car il y a une culture et du respect.


En France, dans les clubs, ça m’interpelle, et l’autre jour on avait invité Manuel Amoros qui est de Marseille, on en discutait : dans les clubs français, personne à part Lyon avec Aulas ne tient compte de l’histoire du club de ces trente dernières années : il intègre des Juninho, Remi Garde, Genesio, Florian Maurice, il a reconstruit un club avec des gens qui ont fait l’histoire du club et ça lui a donné une force et lui a permis d’en être là où il en est aujourd’hui. Sept fois champion de suite, il s’appuie sur l’ADN.


En Espagne, Allemagne, Angleterre, l’ADN a sa place. En France, elle n’a pas sa place, hormis à Lyon. Peut-être qu’à Strasbourg, ça pourrait suivre cette voie-là avec Marc Keller, président que j’aime bien. L’identité doit être présente. En France, beaucoup de présidents comme Letang à Rennes ou les deux de Saint-Étienne, Romeyer et Caïazzo, ce sont des présidents qui ont envie d’apparaître.


J’avais demandé au président de Bilbao, « mais pourquoi vous ne venez pas en conférence de presse, saluer un peu ? ». Il m’a dit, « moi mon rôle de président c’est d’être dans la tribune officielle, pour recevoir nos invités, le président adverse et ses dirigeants, nos partenaires, nos sponsors car sans eux je ne peux pas faire vivre la maison. Pourquoi je me déplacerais ? Pour qu’on me voie a la télé ? ».


Quand on voit des présidents parler, est-ce que c’est leur place ? Est-ce que c’est à eux de dicter ou de dire ? Non ! Ils doivent rester en retrait. Et si en cours ou en fin de saison un CA décide de changer d’entraîneur, il est dans son droit. Mais si c’est pour commenter…et ça, je le reproche un peu à Jean-Michel Aulas. C’est pas sa place. Tu as des présidents qui ont besoin d’avoir une opinion sur tout.

Moi, un stade sans supporters, je peux pas le tolérer. Il faut qu’on intègre dans chaque club que les supporters font partie intégrante d’un club.


90min : Comme les Socios en Espagne ?


LF : Comme les Socios ou comme en Allemagne dans un CA où les supporters regardent, voient, on leur explique le budget, ils participent. Comme ça, quand ils reviennent dans la tribune, ils font passer des messages, ça calme un peu tout le monde.

Il ne faut pas prendre les supporters pour des pigeons. Pour moi, on les prend pour des pigeons des fois. On leur demande de remplir le stade, qu’ils encouragent l’équipe, qu’ils achètent des maillots, qu’ils se payent des déplacements… Oh, il faut arrêter les mecs ! Moi je pense que les joueurs doivent faire le tour du terrain après chaque match, victoire comme défaite. Vous saluez les supporters. Vous leur dites merci d’être venus. Je l’avais vu dans le rugby il y a quinze ou vingt ans : les gars venaient de se prendre des coups de tampons et ils faisaient le tour du terrain.

Il faut combattre l’homophobie, le racisme, ça n’a pas sa place dans un stade. Il faut donner la possibilité aux supporters d’avoir de beaux chants. Le problème, c’est qu’en France, on les a pas éduqué comme ça, on les a pas préparé à ce genre de situation. Tu vois, la culture elle est là. En Allemagne, les stades sont pleins, il y a les enfants, la famille, le grand-père, le fils, le petit-fils, et ça se transmet. C’est comme ça que tu deviens supporter du Stade Rennais parce que ton père ou ton grand-père t’as transmis ce club, ils l’ont aimé.


90min : En France, c’est peut-être à une plus petite échelle, moins massif. Est-ce qu’on peut le changer selon vous ?


LF : Oui, on peut changer. Il faut que les dirigeants arrêtent de faire des réunions de supporters dès qu’il y a un problème. Il faut se réunir, discuter, mais on ne peut pas toujours accepter toutes les revendications : est-ce qu’on peut venir à l’entraînement, etc. Non. Chacun à sa place. Mais il faut que les supporters se sentent considérés, respectés. Rencontrer les joueurs après un match, ce n’est pas la solution. Est-ce qu’un joueur après un match il peut s’exprimer, avoir toute sa tête pour dire ce qui s'est passé, pas passé ? Vous venez le lendemain avec deux ou trois responsables, le capitaine, l’entraîneur, on va discuter une demi-heure, trois quarts d’heure et après ils repartiront contents. Mais les supporters, est-ce qu’ils savent ce qui s’est passé dans la semaine ? 


90min : Une petite question politique, qui touche également au sport pour fini. Vous avez été plusieurs fois en Espagne, Bilbao, Espanyol de Barcelone, ce sont des régions à forte identité, qu’est-ce que vous pensez de la situation politique actuelle, notamment en Catalogne ?


LF : J’ai vécu au pays basque, c’était pas facile. Il y a un gouvernement central, l’Espagne c’est l’Espagne. Ça a un peu chauffé et ça s’est réveillé sur ce thème-là. Je n’aime pas faire de politique, je botte toujours en touche. Moi, j’aime Barcelone et l’Espagne en général.


90min: Merci, Luis.