Dimanche 7 juillet 2019, St George's Park. L'Olympique de Marseille lance sa saison en Angleterre avec de nouveaux visages. Pour l'occasion, le nouvel entraîneur du club phocéen, André Villas-Boas, a programmé une opposition face aux U23 de Stoke City. En l'absence des internationaux, l'équipe est remaniée. Après une première mi-temps insipide, l'entraineur portugais lance en seconde période une équipe entièrement composée de jeunes du centre de formation


À l'heure de jeu, sur un corner de Marley Aké, le numéro 32 de l'Olympique de Marseille coupe au premier poteau pour ouvrir le score. Le coup de tête est rageur. Il s'agit de Lucas Perrin. Brassard de capitaine accroché aux bras, il célèbre sobrement son but, avec ses coéquipiers. Comme une évidence. 

Depuis ce match, les choses ont bien changé. Pas sa sobriété. D'un habituel discret, le jeune joueur de 20 ans a progressivement gagner sa place au sein du groupe marseillais. Sans brûler les étapes. 


Au terme d'une préparation estivale réussie, André Villas-Boas annonce officiellement qu'il souhaite intégrer Perrin au sein de l'effectif professionnel. En tant que 4ème défenseur central. Celui qui est surnommé «Barton» par ses copains du centre de formation savoure. Mais continue de travailler, dans l'ombre. Une position qui lui sied bien. 


En mai 2017, lors de la finale de Coupe Gambardella perdue face à Montpellier, (1-1, 4-5 aux t.a.b.), les yeux sont rivés sur Boubacar Kamara. Capitaine, Kamara attire les projecteurs. Pourtant, les Olympiens ne seraient pas parvenus jusqu'en finale sans son compère en défense centrale. Plus silencieux, Lucas Perrin réalise une performance intéressante, effacée par l'aisance technique de son jeune coéquipier. 


Peu importe. Tandis que Kamara gagne du temps de jeu dans le groupe de Rudi Garcia, Perrin s'installe comme un taulier de l'équipe réserve. Pugnace, il est porté par David Le Frapper, son entraineur au centre de formation de ​l'OM. Un mentor qui croit fortement que son poulain peut s'imposer au plus haut niveau, grâce à son mental. 


Pour faire progresser son joueur, l'entraineur n'hésite pas à utiliser des mots forts, marquants. Le 25 août 2018, lors d'un déplacement à Annecy, Lucas Perrin vit un enfer. Martyrisé par le vétéran Nassim Akrour (44 ans). L'international algérien inscrit un triplé, Perrin est en retard à chaque fois. Le Frapper le sermonne dans le vestiaire : «Je l'ai abîmé, fortement. J'ai été loin dans mes propos, sur le joueur, sur l'homme. Mais il fallait le préparer. Tu fais ça au Vélodrome, devant toute l'Europe... ce ne sont pas deux cents personnes de Croix-de-Savoie qui te regardent, va te relever après ça ! Après cette séquence, entre membres du staff on a pensé : soit il coule, soit il passe. Le lundi, il est arrivé dans mon bureau et on a regardé le marquage, on a réexpliqué. C'était reparti.»


Cette rencontre est un électrochoc. Le joueur prend conscience de son potentiel, du travail à accomplir. Le Frapper déclare :  "Au fur et à mesure il a grandi, il est devenu méchant, il refusait la défaite. Il était muet comme une carpe sur le terrain, il a appris à communiquer." Après avoir disputé 63 matches avec l'équipe réserve, le joueur apparait différent. Il gagne ses jalons de capitaine et s'impose comme un pion essentiel de l'arrière garde phocéenne. En toute modestie.


International français U16 en 2013, Lucas Perrin apparaissait déjà comme un garçon téméraire comme l'exprime son sélectionneur Jean-Claude Giuntini, dans les colonnes de ​La Provence : « Je me souviens d’un garçon généreux. Il avait fait bonne impression sur le plan du comportement. Il était persévérant. On lui avait envoyé un signal, mais il lui manquait encore des qualités. Il a connu une maturité plus tardive. »

Il semblerait que son temps soit venu. Propulsé numéro quatre dans la hiérarchie des défenseurs centraux, Lucas Perrin touche du doigt son rêve d'enfant : jouer au Stade Vélodrome avec la tunique de l'OM. Un concours de circonstance heureux lui permet de le réaliser plus tôt que prévu.


À la suite de la blessure d'Alvaro Gonzalez et de la suspension de Kamara, Lucas Perrin est titularisé contre Dijon (0-0). Dans une rencontre peu rythmée, le natif de Saint-Tronc s'illustre par son sens de l’anticipation et sa solidité dans les duels. Il parvient à museler Julio Tavares et aurait même pu s'offrir son premier but en Ligue 1. Villas-Boas reconnait en conférence de presse que son joueur a évolué «avec de la confiance, de l'autorité, en parlant, toujours, ça c'est important».

En zone mixte, Lucas Perrin esquisse un large sourire mais répond avec beaucoup d'humilité. 

« J’avais un peu de stress, c’est normal, c’était ma première en Ligue 1. Ça fait longtemps que j’attendais ce moment, j’y suis. Il faut continuer à travailler, mais ce n’est que du bonheur »


Une euphorie qui se poursuit. Le dimanche suivant, Lucas Perrin est titularisé contre le Stade Rennais, au Vélodrome. Dans les tribunes, son père Rolland et son frère Alexandre, également passé par le centre de formation, sont présents. Une fierté indescriptible. Mais avec le sentiment que le chemin est encore long. 


Les retours conjugués de Kamara et Gonzalez devraient réduire le temps de jeu de Lucas Perrin. Mais son entraineur l'a confirmé : "il a le niveau Ligue 1, donc nous on n'a plus peur de le mettre dans un match." Lucas Perrin retrouvera le banc de touche, en attendant patiemment son tour. Sans faire de vague. Tout vient à point à qui sait attendre.