Jonatan McHardy, intervenant dans la célèbre émission l'After Foot sur RMC Sport et spécialiste de l'Olympique de Marseille, livre pour 90min son analyse sur celui qui concentre aujourd'hui les critiques des supporters phocéens.


​Marseille 0, Reims 2. La saison marseillaise a donc commencé au son d'un air de déjà-vu, celui des défaites humiliantes rythmées par un florilège de chant anti-direction. Et pourtant... Nouveau coach, nouveau projet... Mais toujours le même Président. Celui du fameux "Champion Project", passé d’une loufoque folie des grandeurs à un été 2019 anxiogène à se serrer la ceinture. Jacques-Henri Eyraud débute sa 3e saison pleine à la tête de l’​Olympique de Marseille. Pour quel bilan ?


Une arrivée en grande pompe


Parce qu’il faut bien le dire : à son arrivée, l’enthousiasme était de mise. Peut-être a t-il profité du désespoir lancinant balayant le boulevard Michelet depuis la fin de la parenthèse enchantée Bielsa ? Peut-être. Mais force est de constater que tout semblait bien parti. Discours clairs, ambitieux et argumentés à coup de Power Point, à l’époque vus comme signe de professionnalisme. Décisions tranchées avec la nomination d’un nouveau coach d’entrée de jeu. Oui, l’ère JHE semblait être celle où enfin, l’OM allait entrer de plein-pied dans la modernité et retrouver l’ivresse de l’ambition.


D’ailleurs, certaines choses ont été bien faites. Restructuration du fonctionnement logistique du club, nouvelle stratégie marketing, volonté de resserrer le maillage de la détection des talents du bassin méditerranéen... Il fallait réformer en profondeur un club enfermé depuis bien trop longtemps dans un mode de fonctionnement souvent archaïque et Eyraud l’a fait en lançant son mandat avec des idées claires, la tête bien en place sur les épaules. Mais le hic, parce qu’il y en a toujours un ici, c’est que peu importe le montant de l’enveloppe ou le nombre de slides qui composent les Power Point : L’OM reste et restera toujours l’OM.


Le péché d’orgueil


Pape Diouf l’a souvent répété : la clé du succès, c’est de ne pas succomber à la charmante et enivrante folie locale. ​L’OM est un club qui rend fou et l’ivresse du pouvoir peut très vite se transformer en gueule de bois permanente.


Aussi éduqué et prévenu soit-il, Eyraud y a lui aussi succombé dans les grandes largeurs. Le coup de la tisane et la gestion du mercato 2016/2017 étaient des signes annonciateurs, tout comme l’incohérence du choix de Rudi Garcia pour lancer le projet : bon entraineur mais à la personnalité en inadéquation totale avec un club qui a toujours historiquement aimé les coachs qui assument succès comme échecs. À l’image d’un Gerets ou d’un Bielsa pour rester dans l’histoire olympienne récente.


Et c’est justement cette erreur qui est revenue comme un boulet définitivement faire perdre pied à JHE, mettant en lumière ce qui, pour l’instant marque sa gouvernance : le mandat du péché d’orgueil.


Péché d’orgueil que de prolonger dans la précipitation un coach (Garcia) heureux finaliste européen ayant bénéficié d’un tirage plus que favorable (Leipzig, Salzbourg pendant qu’Arsenal, la Lazio, l’Atletico ou le Sporting se déchiraient).


Péché d’orgueil que de venir fanfaronner à coup de "je vous l’avais dit qu’il fallait prolonger Rudi" après une victoire contre l’ogre Caennais faisant suite à une honteuse série de défaites. 


Péché d’orgueil que de court-circuiter son Directeur Sportif pour s’impliquer personnellement dans les mercato de l’équipe première tel un gamin jouant à Football Manager.


Mais l’OM rend fou, on vous avait pourtant prévenu.


La tisane a un goût amer


À l’heure du bilan, force est de constater que la tisane a un goût amer. À l’aube de la 4e saison du (feu) Champion Project et 200M d’euros dilapidés plus tard : le constat est terrible. Tout est à reconstruire. Rudi Garcia était arrivé en expliquant que l’effectif à sa disposition était bâti en dépit du bon sens. Il l’est toujours, deux saisons et demie et six mercato plus tard. JHE était arrivé en posant à coté de la Ligue des Champions et l’ambition de jouer le titre : force est de constater que le paradigme a aujourd’hui changé et qu’il faut, au mieux, faire, avec le peu qui reste. Les supporteurs l’ont bu, la fameuse tisane. La patience, gros mot dans les travers du stade Vélodrome, a pourtant été accordée. Mais le crédit est aujourd’hui épuisé.


La situation est malheureusement claire : le Président de l’OM est une source de honte pour ses supporteurs. La honte d’entendre parler de tirs à l’extérieur de la surface qui pourraient compter « 3 points ». La honte de ne pas connaître le prénom d’un des derniers héros au « au sang bleu et blanc » (« Pierre-André Gignac ? Vraiment ?). La honte de la conférence de presse Uber Eat de rentrée : Le peuple olympien est aujourd’hui à cran.


Le pire président de l’histoire récente de l’OM ?


Parce que la question mérite d’être aujourd’hui posée. Il suffit de prendre la température locale pour se rendre compte qu’un Vincent Labrune et son "Projet Dortmund", que les supporteurs avaient fini par attendre pour en découdre à la sortie du Vélodrome après un nul contre Bordeaux, passe aujourd’hui pour un dirigeant finalement pas si mauvais, véritable dénicheur de talents (Lemina, Thauvin, Imbula, Mendy, etc.) ayant ramené ferveur et passion au stade avec Marcelo Bielsa.


Même l’éphémère Ciccolunghi peut se targuer d’un meilleur bilan, en ayant, en un mercato, fait signer Bafé Gomis, Florian Thauvin, Hiroki Sakai ou encore William Vainqueur avec trois francs six sous.


Jean-Claude Dassier ? Effectivement, un nom qui fait sourire, mais qui, dans le fond doit être une vraie inspiration pour Jacques-Henri Eyraud.


De l’humilité pour sauver son mandat.


Plus que son palmarès (Champion et Vice-Champion de France, double Coupe de la Ligue) et malgré les moqueries suscitées pendant son règne : Dassier a montré la voie. Manager les egos en ayant eu le mérite de relativement bien contenir l’animosité Anigo-Deschamps mais en ayant surtout eu l’humilité de s’abstenir. S’abstenir en se tenant loin de la gestion de ce qui brille et fait briller : la gestion du sportif.


Alors oui, Jacques-Henri Eyraud : vous avez encore la possibilité de sauver votre mandat pour ne pas voir votre nom inscrit comme celui d’un des pires présidents du club dans le livre de la grande histoire olympienne. Mais pour cela, il va falloir prendre un virage à 180 degrés. Cet orgueil mal placé doit désormais faire place à une grosse dose d’humilité. L’humilité d’admettre que vous avez échoué dans beaucoup de domaines et qu’il faut de toutes urgences faire confiance à ceux qui savent. 


Laissez votre directeur sportif travailler sans ingérence. Entourez-vous, pourquoi pas, d’un directeur du football qui aurait une vision sur le moyen terme pour pérenniser le club sur le podium sans être tributaire des légitimes calculs courtermistes d’un entraineur de passage. Réapprenez à distiller votre parole à bon escient : il est plus important de vous entendre lorsqu’un de vos joueurs est injustement suspendu plutôt que d’avoir votre opinion dans des colloques d’écoles de commerce. 


Et surtout : débarrassez-vous de ce dédain, peut-être simplement apparent, mais qui teinte chacune de vos apparitions lorsque vous-vous adressez au peuple olympien. La tisane a été avalée et régurgitée jusqu’à l’indigestion mais, Jacques-Henri, vous ne le savez peut-être pas : Vous avez de la chance. La chance que le magnifique excès des supporteurs marseillais, qui aujourd’hui vous cloue au pilori, va dans les deux sens : aujourd’hui détesté, mais peut-être demain adoré.


Vous avez les cartes en mains. À vous de jouer.