En s’imposant 4-0 face à Barcelone au match retour, Liverpool signe un exploit retentissant. La rencontre a été marquée du sceau du pressing de Klopp. Intense, mais finement préparé tactiquement. Voyons en détails comment les Reds ont procédé pour se donner les moyens de croire au miracle.


Une recette qui gagne à Liverpool


Lorsqu’on parle de pressing en ​Champions League, Liverpool est sans doute l’équipe la plus intense et la mieux préparée d’Europe. Parfois friable à l’extérieur, Liverpool devient une machine de guerre à Anfield. Liverpool joue dans un 4-3-3 très compact dans l’axe, et ce système est à la base de leur pressing. En effet, Klopp demande le plus souvent à ses joueurs de presser avec une approche tactique similaire de match en match.


Les attaquants sont en zone, de manière à garder une structure efficace et maintenir le maximum de joueurs adverses sous contrôle. Une fois ce travail de sape effectué, les relayeurs (Henderson et Milner) doivent récupérer les milieux adverses pour les empêcher de se mettre face au jeu, avec une approche « mixte » (contrôle de la zone mais aussi de l’adversaire). La ligne défensive quant à elle, doit accompagner les mouvements de l’équipe. Les latéraux sortent avec intensité sur leur adversaire direct, et les centraux doivent gérer les attaquants en marquage quasi individuel lorsqu’ils sont en position de demander le ballon.


Enfin, Fabinho avait un travail de zone exclusif à réaliser pour protéger sa charnière, et éventuellement contrôler les décrochages de Messi. Malgré les absences de Salah et Firmino, Liverpool a gardé ce système en remplaçant les deux attaquants poste pour poste par Origi et Shaqiri.




Ici, on voit bien que les ailiers Mané et Shaqiri peuvent anticiper sur plusieurs adversaires grâce leur positionnement. Origi lui, a un rôle crucial, c’est lui qui doit suivre le ballon pour orienter Barcelone sur les ailes, tout en coupant la ligne de passe vers Busquets. Ce mécanisme permet de ne pas mettre un homme en individuelle sur la plaque tournante du ​Barca. Ainsi, Henderson et Milner ont la possibilité eux aussi de s’orienter principalement sur les relayeurs adverses (maîtrise intéressante de la latéralité).



Si le Barca tentait de sortir par les ailes, le latéral Robertson devait sortir sur son homologue, Sergi Roberto, auquel cas un relayeur devait alors récupérer Busquets (Henderson ici).

Une nuance liée au contexte tactique du match toutefois, à l’opposé, lorsque le Barca voulait ressortir par Alba, c’était soit Shaqiri soit Henderson qui devaient presser le catalan. Alexander-Arnold pouvait alors se focaliser sur Coutinho (voir le premier schéma).



Fabinho était un joueur avec un rôle de couverture, supposément sans aucun adversaire direct dans sa zone. Si les relayeurs devant lui perdent leur duel, il peut protéger ses défenseurs centraux. Mais en réalité, les décrochages de Messi lui ont donné un sacré travail. Surtout étant donné la qualité de déplacement de l'Argentin.



Les défenseurs centraux de Liverpool sont chargés de maintenir le bloc très haut. Ni Suarez ni ​Messi ne représentent une grande menace dans leur dos, mais il fallait être prêt à gagner les duels en un contre un lorsque le Barca jouait long. Surtout dans des situations où le moindre ballon perdu peut se transformer en catastrophe.


Certaines équipes essaient de s’adapter à ce pressing en jouant à 3 derrière par exemple, pour avoir une meilleure supériorité numérique (Manchester City, Naples ou le PSG en C1). Mais Valverde a gardé son système à 4 défenseurs, ce qui a un peu simplifié la tâche de Liverpool.


Le défi de l’intensité

En P​remier League, Klopp a tendance à mettre en place un pressing de plus en plus ciblé. Liverpool presse toujours en 4-3-3, mais par séquence et moins haut sur le terrain. Cette approche plus conservatrice explique aussi en partie leur régularité exceptionnelle sur tout le championnat. Mais sur la scène européenne, lorsqu’il faut acculer l’adversaire dans son camp, les Reds gardent un savoir-faire assez incomparable.


À défaut de jouer parfaitement, l’intensité et la précision des Anglais ont maintenu une pression constante pour créer des temps fort dans la moitié de terrain du Barca. On en revient alors à la performance physique et mentale de l’équipe, prête à faire les plus gros efforts sans se décourager.


Le travail tactique permet justement de maximiser le potentiel athlétique de l’équipe, avec un rapport pressing/efficacité largement en la faveur de Liverpool.


Le contre-pressing, la deuxième arme


Liverpool a pressé Barcelone pour les priver du ballon, mais ce n’est pas tout. Il faut aussi se pencher sur le travail à la perte du ballon, le contre-pressing (« Gegenpressing » cher à Klopp).

Là encore, Liverpool s’est imposé comme un modèle du genre sur la majeure partie de la rencontre. Presser de manière organisée pour bloquer les relances adverses est une chose, mais montrer de la supériorité à la perte du ballon en est une autre. Cette maîtrise a permis à Liverpool de gérer les déchets produits par leur jeu direct.


Perte de balle de Robertson, duel entre Mané et Vidal pour la récupération du ballon. Le Génégalais va prendre le dessus, bien que Vidal ait été le joueur le plus intense côté Barcelone avant sa sortie.





Le souci de l’efficacité

Les reds ont dû jongler sur un fil tout le long de la rencontre. En effet, comment créer des temps forts dans le camp barcelonais sans se déséquilibrer et concéder des transitions ? Mission quasi-impossible, surtout à un tel niveau de compétition.


La performance d’Allison (5 arrêts) et des défenseurs centraux est à saluer. Les derniers remparts ont maintenu l’équipe à flot plusieurs fois quand Liverpool prenait l’eau.


Il aurait suffi d’un but au ​Barca pour mettre sans doute fin au match, mais la Ligue des Champions ne pardonne pas le manque d’efficacité devant la cage adverse.


Le pressing, principale clé du match ?

Au contraire des Reds et de leur pressing tout terrain, les ​Barcelonais ont adopté une stratégie bien plus passive. Disposé en 4-4-2, le Barca a attendu en bloc médian, ni ​Messi ni Suarez n’ont gêné la relance des défenseurs anglais. Van Dijk et Matip jouaient dans un fauteuil et avaient tout le temps nécessaire pour distribuer le jeu.


D’une part, cela a facilité les incursions et les prises de profondeur de Liverpool, mais surtout les Barcelonais n’ont pas su bien défendre en reculant face à la vague rouge. À l’image du premier but d’Origi à la 6ème minute.

Personne ne cadre Van Dijk, le Néerlandais rate un peu sa transversale, mais l’erreur de Jordi Alba à la réception crée une réaction en chaîne, Origi marque sur le tir repoussé d'Henderson. L’Histoire est en marche.


Au final, Klopp s’est une fois de plus imposé comme l’un un des maîtres en confrontations aller-retour. On n’imagine pas Liverpool jouer la finale de cette façon forcément. La nature de ces matchs est très différente d’un match retour avec un score à remonter. Il sera malgré tout très compliqué pour Tottenham de faire face à la furie des Reds, même à des milliers de kilomètres d’Anfield.


Reste à savoir si Klopp pourra briser sa malédiction et repartir avec le trophée cette fois-ci. 



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