Premier juin 1979. Michel Platini, 24 ans, quitte l'AS Nancy-Lorraine pour l'AS Saint-Étienne. Montant de la transaction : un million d'euros. Aujourd'hui, quatorze footballeurs (Neymar, Alli, Kane, Messi, Griezmann, Suarez, Pogba, Higuain, Hazard, Dybala, Ronaldo, de Bruyne, Lukaku et Lewandowski) sont estimés à plus de cent millions par le CIES (Centre international d'étude du sport). Les plus nostalgiques se poussent les doigts au fond de la gorge. Pour cause, l'escalade n'en finit plus et les nausées que provoquent ces sommes toujours plus extravagantes ne semblent pas en voie de se calmer. Des informations à mettre au conditionnel.


"Il faut vraiment distinguer l'économie de la morale." Pierre Rondeau, économiste du sport et professeur à la Sports Managment School, pose les bases. Laissons nos petits cœurs sensibles dans un tiroir et sortons les calculettes. Selon lui, la planète football vient de subir un séisme sans précédent nommé Neymar. "Année après année, on avait une certaine inflation, une croissance du prix du joueur le plus cher, rappelle-t-il. À chaque fois la hausse a été constante, croissante. À chaque fois c'étaient des hausses où la variation était comparable. Logiquement, on se serait dit que ça passera cette année à 110, 115. Et boum 222." Une secousse dont les ondes se ressentiront encore pendant longtemps : "En 2100 ou 2200, quand on regardera l'histoire, on verra que c'est le Paris Saint-Germain. Le PSG qui était considéré il y a quelques années comme un tout petit club européen et était même aux portes de la relégation."


Diagramme des joueurs les plus chers de l'histoire

Diagramme  de joueurs les plus chers


Le verre à moitié vide


Concernant ce transfert du siècle, l'économiste discerne deux façons de voir les choses. Le fameux verre à moitié plein ou à moitié vide. Commençons par la vision des choses la plus pessimiste. "On peut s'imaginer que ces sommes là deviennent tellement absurdes qu'elles dépassent leur justification économique", suppose Rondeau. Le football et son hyper-inflation démesurée peuvent facilement tomber dans un grand n'importe quoi et "un dégoût pourrait s'opérer dans le milieu." Jusqu'à désintéresser de plus en plus de monde, petit à petit. "beIN, malgré sa présence et sa diffusion de la Ligue 1, a une dette cumulée de cinq milliards d'euros. On pourrait très bien supposer qu'à terme, les chaînes de télé disent, "on arrête" ou "on réduit les sommes investies.


Un coup dur pour les clubs qui s'appuient grandement, pour la plupart, sur leurs revenus liés aux droits TV. Dans ce cas, le professeur a déjà le scénario catastrophe : "Les clubs vont dépenser plus que la valeur réelle du marché en croyant à cette dynamique haussière. Mais cette dynamique, justement parce qu'on dépense énormément, s'efface. Les clubs ne peuvent plus, en retour, payer les sommes qu'ils devaient et là ils font faillite. Faillite généralisée. Crise Systémique. Éclatement de la bulle du football." Plus ou moins le même croquis que la crise des subprimes.


Milliard dollar baby


Maintenant que la boîte de Pandore est ouverte, tout devient imaginable. Si l'inflation continuait encore, dans quelques années, le futur joueur le plus cher pourrait-il être acheté, soyons fous, un milliard d'euros ? "Oui c'est possible, répond celui qui est également chercheur pour Sport et Démocratie. D'autant plus qu'on ne sait pas encore comment ça s'est déroulé avec le transfert de Neymar. Si véritablement le montage financier s'était fait avec une société extérieure qui a versé de l'argent à Neymar et qui, lui-même, s'est racheté sa clause pour venir gratuitement au club, si c'est ce montage financier qui a été validé par la FIFA, ça fera jurisprudence et ça laissera le champs libre à tout les gros clubs pour faire de même et à payer indirectement des clauses libératoires des joueurs."


Lorsqu'on parle d'argent, l'infini est à portée de main. Tant que l'UEFA les laissera faire, les écuries les plus riches pourront dépenser autant qu'elles le souhaitent et "des clubs comme City, qui dépendent également d'investisseurs étrangers, pourront le faire de la même manière." Une sueur froide coule le long de la colonne vertébrale de tout romantique du football. Rondeau le répète : "Si le fair-play financier ne sanctionne pas ou trop simplement le PSG, on pourra tomber sur une hyper-inflation généralisée et sur des coûts à un milliard."

La Superligue


Si certaines projections ressemblent à un mauvais film de science-fiction, il faut se rappeler que personne ne voit venir le Tsunami depuis son canapé. Alors on n'arrête plus Pierre Rondeau qui va encore plus loin : "Si douze ou vingt clubs se retrouvent à truster tous les meilleurs joueurs du monde et sont en plus ils sont menacés directement par l'UEFA, ils pourraient très bien dire : "Nous on sort de l'UEFA et on créé une Superligue européenne"." Une idée qui revient régulièrement sur le tapis. Soudés, les plus grands clubs de la planète sont bien plus puissants que l'UEFA. L'entité pourrait alors "se dire que c'est dangereux pour elle de sanctionner les clubs qui dépensent beaucoup" et fermer les yeux sur leurs excès.


Neymar et la baguette de pain, le principe d'intensité compétitive et le verre à moitié plein. La suite de l'article est ici : 


TRANSFERTS : Mais où va le monde du football ? - Première partie (1/2) La suite ​ici :