Comme attendu, la polémique générée par la sortie de l'ouvrage des journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet, intitulé "Un président ne devrait pas dire ça...", s'es​t suivie d'un déluge de réactions de la part d'acteurs divers du football français. Surpris, outrés ou encore amusés, les "gosses mal éduqués" devenus "vedettes richissimes" et leurs satellites ont tenu à répondre au président de la République.

Le premier à s'être exprimé publiquement n'est pas le joueur français le plus connu du circuit. Évoluant au Betis Séville après quelques belles saisons à Montpellier, Jonas Martin ne bénéficie pas d'une couverture médiatique disproportionnée. Qu'importe, le jeune milieu de terrain a décidé de saisir sa plume pour contredire - avec maturité et intelligence - François Hollande, par le biais des réseaux sociaux. 


Le Sévillan, en adaptant l'anaphore "moi président" à sa situation, a tenu à montrer que les footballeurs n'étaient pas tous des imbéciles. Au cœur d'une période où l'amalgame est chose commune, il lui semblait important de clarifier ce point.


"Moi footballeur professionnel français j’ai suivi une scolarité normale jusqu’à l’obtention du bac.


Moi footballeur professionnel français j’ai appris le respect des gens et des institutions grâce aux éducateurs de mon club formateur.


Moi footballeur professionnel français mes valeurs sont la solidarité envers mes coéquipiers et l’amour du maillot.


Moi footballeur professionnel français j’ai appris à ne jamais abandonner un partenaire par ambition personnelle ou lâcheté.


Moi footballeur professionnel français je n’ai jamais trahi mon public en reniant mes engagements envers mon club.


Moi footballeur professionnel français on m’a toujours appris à ne jamais différencier selon la couleur de peau ou les origines."


Institutions et médias se mobilisent


D'ordinaire discrète, l'UNFP (Union Nationale des Footballeurs Professionnels) a également tenu à défendre ses poulains. Et c'est par l'intermédiaire d'un courrier des plus inattendus, sobrement intitulé ​​​"Lettre ouverte d'un ballon à François Hollande", que l'association a laissé entendre sa voix. De cette lettre, nous pouvons extraire quelques phrases clé qui ne manquent pas de piquant. 


Parmi celles-ci, figure une habile allusion à l'impopularité galopante de François Hollande : "Il y aurait donc aujourd’hui beaucoup plus de footballeurs professionnels dans notre pays que de Français qui soutiennent votre action, si j’en crois les derniers sondages." Comme une réponse du peuple français aux dérives politiques de François Hollande, comparé à... Pierre Poujade, figure du populisme des années 1950.


Est également dénoncée l'hypocrisie du chef de l'État au sujet de Équipe de France, au plus bas avant le coup d'envoi de l'Euro en juin : "Ils vous ont aidé, pourtant, à remonter la pente l’été dernier." 


Toutefois, il est important de remettre les choses dans leur contexte, en rappelant notamment que les citations piochée dans le livre "Un président ne devrait pas dire ça..." datent d'une époque où l'image du football français souffrait de nombreux scandales, à commencer par ceux du Mondial 2010 et de l'Euro 2012.

Sur une note plus positive, l'ex-sélectionneur des Bleus, Raymond Domenech, a tenu à relativiser les propos de François Hollande, tout en rappelant les vertus morales et sociales du football.


"On tape toujours sur les mauvais côtés, mais le sport et le football sont de vrais acteurs sociaux. Des gens dérapent dans tous les milieux: en politique, en économie, dans le sport aussi. Mais le football ramène beaucoup plus de gens dans le bon chemin que l’inverse."