Dominés respectivement par le Pays de Galles et la Croatie, l’Angleterre et l’Espagne, potentiels favoris de l’Euro, ont gratifié bookmakers, supporters et amoureux du ballon rond d’une phase finale exceptionnelle. Une histoire de logique détrônée qui selon toute vraisemblance permettra aux rugissants Gallois de Bale, aux générations dorées Polonaise ou Belge, voire au Portugal hésitant de Cristiano Ronaldo d’accéder à la finale du 10 juillet prochain. Si illogique ? Avis divergents, la question mérite d’être posée.

À l’est l’Éden


Simple hasard du tableau, nouvel éden promis aux nations en progrès, baisse de régime des grandes puissances footballistiques ? Autant de théories capables d’étayer les soubassements d’un Euro pour le moment indéchiffrable. Avec l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et la France en anciens vainqueurs chaperonnés par l’éternel outsider anglais côté maousse du tableau, contre seulement deux anciens finalistes (Portugal et Belgique) côté Mickey, l’Euro s’est chargé de remettre au goût du jour la sempiternelle et pourtant si actuelle lutte entre David et Goliath. La Hongrie de Dzsudzsack et Kiraly, celle des survêtements que les moins de 80 ans ne peuvent pas connaître, et l’organisation minutée Suisse, ont également semblé un temps en mesure de tirer leur épingle d’un jeu déjà bien complexe.


Hellènes et les garçons


Boules froides, boules chaudes, tête de série bicéphale pour avantager le pays organisateur, bien que les exemples soient nombreux (remember France 1998), laissons aux limbes ce débat en gageant simplement que peu de personnes, instances comprises, auraient parié sur une non-hégémonie hispano-anglaise en phase de poules. Décidément, Luka Modric et Gareth Bale s’évertuent à influencer cette année d’ébats footballistiques avec succès. Avec le Danemark et la Grèce respectivement vainqueurs surprises en 1992 et 2004, les défenseurs de la théorie du pragmatisme sont bien servis. 


Oui, l’Euro est incontestablement la compétition internationale la plus ardue, non il n’existe aucun match facile, aucun chemin débonnaire comme celui emprunté par la troupe d’Aimé Jacquet en 1998 pour accéder aux huitièmes (Afrique du Sud, Arabie Saoudite, Danemark). En 1992, le Danemark sortit auréolé d’un véritable conte d’Andersen, brillant, totalement décomplexé et quelque peu aidé par un contexte géopolitique bouleversé ainsi que d’une dernière édition à seulement huit équipes. Spartiate plus qu’esthète, la Grèce de 2004 réalisa sans aucun doute le plus bel acte de vandalisme de l’histoire du foot avec une réussite déconcertante, un savoir-faire implacable.


Les petits poussent


Qu’il s’agisse de La Hongrie des années 1950, des Pays-Bas des années 1970, de la France de 1996 à 2000, de l’Espagne de 2008 à 2012, les puissances dominantes du football ont toutes connues des fins de cycles butoirs, prolégomènes à l’avènement de nations capables de créer la surprise lors d’une compétition. Mais la vérité de cet « eurocambolesque » n’est-elle pas ailleurs ? Le football moderne tend vers une homogénéisation de la pratique et du niveau de jeu. Sept des seize équipes encore qualifiées en huitièmes n’avaient même pas validé leur présence pour la dernière édition de 2012*. 

Avec un budget acté pour le maintien, Leicester est devenu champion d’Angleterre. Certains voient dans les gargantuesques statistiques de Ronaldo et Messi un nivellement vers le bas des adversaires. Faux ! Le FC Séville du futur entraîneur parisien Unai Émery, triple vainqueur de l’Europa League, a terminé septième de son championnat à huit longueurs du Celta Vigo, quand le Zénith Saint-Pétersbourg, le Shakhtar Donetsk et Chelsea soulevaient la « Petite Européenne » en 2009, 2010 et 2013. Darmstadt, Ingolstadt en Allemagne, Frosinone, Carpi, Sassuolo en Italie pour ne citer qu’eux on fait ou refait leur apparition dans l’élite du football. En France, des clubs comme Angers, le Gazélec ou Evian ont relayés d’année en année le Grand-Est institutionnel à ses gammes (Sochaux, Auxerre, Strasbourg, Metz, Nancy, Dijon). En terme de bilan chiffré hexagonal, sur les huit dernières saisons de Ligue 1, 14 des 24 promus se sont maintenus l’année de leur accessit.


Implacable logique


Si la démonstration ne permet pas de statuer de facto sur l’actuel angélisme de l’Euro 2016, le football semble suivre une constante implacable. Celle de la mondialisation et du nivellement vers le haut. Né en Angleterre, étendu fin 19e par l’extension du commerce maritime (Le Havre, Bilbao, Porto, Lisbonne), le football moderne poursuit son évolution économique engendrant un progrès qualitatif. La FIFA compte aujourd’hui 211 états membres contre 193 pour l’ONU. Lewandowski, Sigthorsson, Bale, Ramsey ne soulèveront peut-être jamais cette quinzième coupe continentale, mais les ténors sont prévenus, la route sera sans doute plus longue que jamais.


(*Slovaquie, Belgique, Irlande du Nord, Hongrie, Suisse, Pays de Galles, Islande).