Villarreal nourrit de grandes ambitions en cette fin de saison, en Liga comme en Europa League et le défenseur argentin prêté par Tottenham y est pour beaucoup. Entretien exclusif et propos recueillis par nos confrères de 90min Latin America.



À neuf journées de la fin du championnat espagnol, Villarreal se bat pour les places qualificatives pour l'Europa League. L'arrivée d'Unai Emery comme entraîneur a donné de bons résultats, à tel point que le sous-marin jaune a atteint les quarts de finale de l'UEFA Europa League, où ils affrontent le Dinamo Zagreb, ce jeudi. Le grand objectif des Espagnols pour cette fin de saison.


Tout au long de la saison, on t'a vu évoluer à plusieurs postes. Dans quelle position te sens-tu le mieux ?


Le poste où je me sens le plus à l'aise est celui de défenseur central, où je peux le plus aider l'équipe. L'entraîneur a besoin de moi pour jouer en tant que pivot ou en arrière droit dans différentes circonstances. Je prends cela comme une bonne chose, car cela montre que l'entraîneur me fait confiance.


Lequel te semble à l'inverse le plus compliqué ? As-tu des références à ces différents postes ?


J'ai joué au poste de milieu de terrain quand j'étais jeune. J'ai joué arrière droit pour Tottenham et l'équipe nationale, donc j'ai plus ou moins maîtrisé ce poste. C'est la première fois que je joue pivot cependant et c'est plus compliqué à cause de tous les déplacements, je dois réfléchir à deux fois avant de faire les choses. Je regarde Iborra, qui, à cause d'une blessure, a fini par jouer là, mais il s'en sort très bien.


Quelles qualités dénotes-tu chez Emery en tant qu'entraîneur ?


Ce qui ressort le plus, c'est la façon dont il traite le groupe. La vérité, c'est que tous les matins, avant l'entraînement, nous nous réunissons, nous discutons et ce n'est pas une discussion "bien, faisons cela", ce n'est pas une discussion sérieuse, c'est une discussion plus détendue. Lui et l'ensemble du staff ont une bonne relation avec l'équipe.


Un autre aspect que j'aime beaucoup, c'est la façon dont il vit les matchs : il a beaucoup de tempérament et il se prépare de la même façon pour chaque match, quel que soit l'adversaire. C'est la même chose de jouer contre une équipe qui est peut-être en 4ème division que de jouer contre Barcelone.


Emery et Foyth lors d'un match contre Kiev en Europa League

C'est un plus de l'avoir comme entraîneur pour gagner l'Europa League ?


Il l'a déjà gagné de nombreuses fois, son expérience nous apporte beaucoup et fait de nous des candidats au titre. Il nous aide car il nous transmet toutes les expériences qu'il a vécues. C'est un entraîneur de renommée mondiale qui a gagné beaucoup de choses. Il a été dans des clubs très importants et nous devons apprendre de ce qu'il nous enseigne, de ce qu'il nous dit pour pouvoir faire avancer les matchs.


Quelles différences constates-tu entre la Premier League et la Liga ?


La plus grande différence réside dans le rythme de jeu. La Premier League est un championnat aux transitions très rapides. Une seconde vous attaquez et la suivante, vous défendez. Ils jouent beaucoup en contre-attaque. D'un autre côté, ici en Espagne, pour construire une offensive, nous essayons de faire beaucoup de passes, d'être plus organisés. La Premier League est plus physique, mais la Liga me semble plus organisée."


Les attaquants les plus coriaces de la Liga sont Messi et Gerard Moreno. Juan Foyth

Comment prépares-tu un match contre un joueur comme Lionel Messi ?


C'est une motivation supplémentaire. Je pense que jouer contre les meilleurs est toujours une bonne façon de dire "on va voir vraiment ce que je vaux". C'est aussi le désir de battre ces équipes, en raison des répercussions ensuite, de la motivation que cela génère.


Quels sont les attaquants les plus difficiles à marquer en Liga ?


En dehors de Messi, que nous connaissons tous, je vais mentionner un de mes coéquipiers, Gerard Moreno. C'est incroyable la saison qu'il fait (23 buts et 8 assists TCC, ndlr). C'est un joueur très important pour nous.


Foyth (8) et Gerard Moreno (7)

Et les défenseurs auxquels tu t'identifies le plus ?


Quand j'étais petit, je regardais beaucoup Piqué. Peut-être que maintenant je ne m'identifie plus autant à lui, mais il était l'une de mes idoles. Un autre que j'aime beaucoup est Pau Torres, mon coéquipier à Villarreal. J'aime la façon dont il joue.



Il n'est pas rare que les équipes européennes jettent leur dévolu sur le football argentin à chaque fenêtre de transfert et dépensent une bonne somme d'argent sur les meilleurs joueurs du championnat national.


L'un des transferts les plus surprenants de ces dernières années a peut-être été celui de Foyth à Tottennham en 2017 : le défenseur argentin n'avait joué que huit matchs pour Estudiantes de La Plata au cours du premier semestre de cette année, mais cela a suffi aux Spurs pour payer les 12,5 millions d'euros que valait le joueur.


Qu'est ce que tu retiens de ton passage à Tottenham et penses-tu que tu aurais pu faire plus là-bas ?


J'ai toujours été très reconnaissant envers Pochettino et tout le staff de m'avoir donné la chance d'aller en Europe. Pendant les trois années où j'étais là-bas, j'ai appris beaucoup de choses, cela m'a aidé à devenir un joueur plus complet. En Argentine, j'étais plus technique et lorsque je me suis entraîné avec mes coéquipiers à Tottenham, je me suis beaucoup amélioré sur le plan défensif. Évidemment, vous voulez toujours jouer, mais avec Pochettino j'ai beaucoup appris.


Juan Foyth sous les couleurs de Tottenham.

Le départ de Pochettino était-il juste ?


Nous avons tous été très affectés quand il est parti, parce que nous avions une excellente relation. Il est très difficile après avoir atteint une finale de la Ligue des champions de pouvoir maintenir un tel niveau car les supporters demandent encore plus. Le football est toujours exigeant et c'est dommage car nous l'aimions beaucoup.


Vous pouvez l'appeler comme vous voulez parce qu'il (José Mourinho, ndlr) a tout gagné, c'est l'un des plus grands gagnants du football. Juan Foyth sur José Mourinho

Le but de Lucas Moura contre l'Ajax restera dans l'histoire. Comment l'as-tu vécu ?


Je m'échauffais, je ne sais pas pourquoi parce que nous devions marquer un but de plus et que je suis un défenseur central, donc je n'allais pas entrer. Je marchais vers le banc pour m'asseoir parce qu'un coéquipier allait entrer en jeu. Lucas a marqué le but et je me souviens que je suis devenu aveugle, sourd, j'ai baissé la tête et j'ai commencé à courir sur le terrain. C'est l'un des plus beaux moments que le football m'ait offert, c'était magnifique.


Lors de ta dernière saison à Tottenham, tu as eu Mourinho comme manager, qu'est ce qui fait de lui "The Special One" ?


Vous pouvez l'appeler comme vous voulez parce qu'il a tout gagné, c'est l'un des plus grands gagnants du football, donc le nom que vous voulez lui donnez est parfait. Il est spécial dans la façon dont il parle, comme dans la façon dont il vit les matchs.


Tout le monde pense que c'est une mauvaise personne, mais il est très proche du groupe, il parle à tous les joueurs. J'ai été surpris quand il est arrivé, parce que nous avons tous regardé ses conférences de presse, mais c'est une très bonne personne.


Tu retrouves des similitudes entre Emery et Pochettino ?


Je pense qu'ils veulent tous les deux être dominants, avoir la balle. Ils se connaissent car lorsqu'ils jouaient l'un contre l'autre, on pouvait voir qu'ils avaient une certaine relation.


Quand Lamela est en colère, il devient fou. Il m'a invité à me battre une ou deux fois pendant l'entraînement. Juan Foyth

Quand penses-tu que Giovanni Lo Celso va exploser à Tottenham ?


Pour moi, il a explosé l'année dernière déjà. Quand Mourinho est arrivé, il n'a pas joué tour de suite, mais après, il était impossible de le sortir parce qu'il était le moteur de l'équipe, celui qui courait le plus, celui qui demandait le plus le ballon. Ses blessures l'ont coupé en plein élan et il a été un peu relégué au second plan ensuite.


Nous savons tous quel bon joueur il est, je le veux toujours dans mon équipe. Je me souviens d'un match où nous parlions avec Eric Dier sur le banc de touche et il m'a dit "Je n'arrive pas à croire qu'il ne joue pas pour le Real Madrid ou le Barcelone". C'est un grand joueur.


Dans un match imaginaire, qui gagnerait entre les Argentins Juan Foyth, Giovanni Lo Celso et Erik Lamela contre la "Mafia galloise" de Gareth Bale, Ben Davies et Joe Rodon ?


Je ne peux pas vous dire que nous allons perdre, heh. On les bat, à part que "Coco" Lamela s'énerve souvent. Quand il est en colère, il devient fou. Il m'a invité à me battre une ou deux fois pendant l'entraînement. Nous avons une excellente relation, nous sommes amis. Mais il est très capricieux et on aime l'énerver parce qu'il démarre au quart de tour.


L'autre jour il a marqué un superbe but en coup du foulard, ça te semble être quelque chose de commun chez Lamela ce genre de buts, tu lui as envoyé un message ensuite ?


Je ne lui ai rien envoyé parce qu'ils ont perdu, mais la veille, nous discutions et quand j'ai vu qu'il avait marqué le but, j'ai dit "ce n'est pas une coïncidence". Sachant que c'était "Coco", ça ne me surprend pas, il a un coup du foulard magique.



La pandémie de COVID-19 a fait des ravages dans le monde entier et le football a également dû faire avec. Avec la deuxième vague de contagion en Europe, plusieurs pays, notamment le Royaume-Uni et l'Allemagne, ont pris la décision de restreindre les contacts entre les footballeurs lors des trêves internationales.

Cette mesure a également touché l'Amérique du Sud lorsque la double confrontation des qualifications pour la Coupe du monde de Qatar 2022 a dû être reportée à la fin du mois de mars. Juan Foyth est l'un des possibles convoqués à chaque rassemblement de l'Albiceleste.


Tu as joué au poste d'arrière droit avec la sélection argentine. Gonzalo Montiel apparaît également comme un grand concurrent aujourd'hui. Peux-tu rivaliser avec lui pour le poste ?


Je ne joue pas contre quelqu'un en sélection, j'y vais pour aider. Il (Gonzalo) est dans une grande forme mais l'entraîneur décidera lui-même de qui doit jouer. Avec l'équipe nationale, nous devons tous aller dans le même sens et soutenir celui qui joue. D'ailleurs, nous avons joué la Coupe du monde U-20 avec Gonzalo, il a joué en tant que 4 et moi en tant que défenseur central.


Ressens-tu une pression lorsque tu es appelé en équipe nationale car ils n'ont rien gagné ces dernières années ?


Non, l'envie de réussir et d'apporter de la joie au pays est toujours là. La pression joue contre vous dans le football. L'idée doit être d'aller sur le terrain et de prendre match par match. Je peux aussi comprendre que des joueurs qui ont été au sommet pendant dix ans, atteignant toujours les finales, puissent se dire : "Comment est-ce possible ?" Évidemment, vous vous mettez la pression, mais je n'ai participé qu'à une seule Copa America, j'ai beaucoup apprécié, je n'ai pas pu la gagner mais il y aura d'autres possibilités.


On imagine raconter à ses petits-enfants qu'on a partagé le terrain avec celui qui est pour moi le meilleur joueur de l'histoire. Juan Foyth sur Lionel Messi

Foyth en demi-finales de la Copa America 2019 contre le Brésil

Tu partages le vestiaire avec Messi en équipe nationale, qu'est-ce que cela signifie d'être l'un de ses contemporains ?


C'est quelque chose de très beau, on imagine raconter à ses petits-enfants qu'on a partagé le terrain avec celui qui est pour moi le meilleur joueur de l'histoire. En tant qu'Argentin, je veux l'aider pour qu'il puisse gagner avec l'Argentine la coupe qu'il mérite tant. Les critiques à son égard sont très injustes.


Quelles sont tes références à ton poste en sélection ?


Quand j'étais enfant, je jouais milieu de terrain, comme tout le monde, et mon modèle était Riquelme. En vieillissant, j'ai commencé à m'identifier davantage à des défenseurs centraux comme Ayala, Samuel, Otamendi et Funes Mori.


Tu étais un temps annoncé du côté de Boca Junior, c'était une réelle possibilité ?


Non, je ne pense pas. D'abord parce que je sentais que je devais rester en Europe et ensuite parce que personne ne m'a appelé.


As-tu été surpris par l'arrivée de Marcos Rojo à Boca, et comment vois-tu cette situation de l'extérieur ?


Marcos est un professionnel, je le connais. De plus, je l'ai vu une fois en équipe nationale et rien qu'en le regardant, on se rend compte de l'amour qu'il porte à Estudiantes. Les choses qu'il a faites pour le club, sont trop souvent occultées, mais nous sommes des joueurs professionnels et le destin nous emmène parfois dans d'autres clubs.


As-tu rencontré des fans d'Estudiantes en Europe ?


Oui, lors de mon premier match à Wembley, il y avait trois fans qui portaient mon maillot de Tottenham et qui étaient d'Estudiantes parce qu'ils avaient un drapeau. Beaucoup d'entre eux m'ont contacté sur Instagram pour savoir si je pouvais leur obtenir des billets pour les matchs.


As-tu ressenti l'envie de jouer dans le nouveau stade d'Estudiantes ?


Oui, j'aurais même aimé aller manger dans un restaurant que je ne connais pas à côté. J'aurais voulu être à l'inauguration, j'espère que dans le futur je pourrai y jouer.


Je sais que tu aimes beaucoup FIFA. Si tu devais composer ton onze idéal sur le mode Ultimate Team, à quoi ressemblerait-il ?


"Gerónimo Rulli - Gonzalo Montiel, Juan Foyth, Cuti Romero, Marcos Acuña - Leandro Paredes, Giovanni Lo Celso, Joaquín Correa - Lautaro Acosta, Lautaro Martínez, Ricardo Centurión. En el banco: Oblak, Gullit, Messi, Pelé y Ronaldo."


Messi sur le banc ?


C'est parce qu'il est en prêt sur le jeu, il lui reste quatre matchs et je le mets dans les plus importants (rires).